Ce volcan islandais n'aura pas fait que souligner la fragilité de nos sociétés. En entrant en éruption et paralysant le moyen de transport,- la circulation aérienne,- dont le monde est devenu si dépendant, il nous a rappelé qu'un grain de sable, une particule, pouvait enrayer l'extrême sophistication de la modernité mais il a également eu le plus inattendu des effets politiques. L'un après l'autre, les grands de ce monde ont renoncé à leur présence aux obsèques du président polonais et, mystère des vents et calcul diplomatique aidant, le seul à ne pas avoir déclaré forfait aura été Dmitri Medvedev, le président russe. Etats-Unis et Europe, cet Occident vers lequel la Pologne regardait depuis si longtemps aura été absent tandis que l'Orient dont elle a tant souffert, la Russie, était, lui, présent à ses côtés dans son deuil. Cela ne suffira bien sûr pas à effacer l'histoire. En Pologne, le malheur est russe. Il l'a été au 19ième lorsque la Pologne, rayée de la carte et partagée entre les empires européens, a vécu l'oppression tsariste dans sa chair. Il n'a pas cessé de l'être au 20ième lorsque l'URSS y a porté la guerre en 1920 avant de se repartager ce pays avec l'Allemagne nazie, d'en exterminer l'élite, en 1940, dans des massacres auxquels celui de Katyn avait donné son nom, de laisser écraser par les nazis l'insurrection de Varsovie alors que l'Armée rouge aurait pu intervenir puis d'imposer aux Polonais, par la force, quatre décennies d'un régime communiste dont la chute avait annoncé l'implosion soviétique. Entre ces deux pays le contentieux est immense mais tout vient de bouger car, avant même que Dmitri Medvedev ne fasse ce geste qui a tant frappé les Polonais, la Pologne s'était sentie lâchée par l'Amérique lorsque Barack Obama avait entrepris de se rapprocher de la Russie pour contrer les ambitions nucléaires de l'Iran. Sitôt élu, il avait abandonné toute velléité de faire entrer l'Ukraine et la Géorgie dans l'Otan et renoncé au déploiement d'un système antimissile en Pologne et en République tchèque. Ces décisions avaient signifié, pour les Polonais, que la Russie qu'ils continuaient à tant craindre ne serait pas encerclée jusqu'à ses frontières par l'Alliance atlantique. Ils s'étaient alors dit, en septembre dernier, que la Raison d'Etat leur commandait de trouver un modus vivendi avec la Russie qui avait, de son côté, immédiatement compris qu'une occasion s'offrait à elle de se réconcilier avec un pays dont le poids est toujours plus grand dans l'Union européenne et l'Otan. Vladimir Poutine a invité le Premier ministre polonais à venir commémorer, à Katyn, le massacre de 1940. Trois jours plus tard, l'avion de Lech Kaczynski s'écrasait au dessus de cette forêt et la Russie a su montrer, là, une telle solidarité avec la Pologne que l'archevêque de Cracovie, déclarait dans son homélie d'hier que « les témoignages de bonté de nos frères russes ravivent l'espoir d'un rapprochement et d'une réconciliation de nos deux nation slaves ». Oui, l'ancien secrétaire personnel de Jean-Paul II dit "nos deux nations slaves". Les plaies ne se sont pas, déjà, refermées mais, par les plus étranges des détours, l'Islande et l'Iran viennent de changer beaucoup de choses au cour de l'Europe.

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