En Europe, le salaire minimum est loin d’être une règle. Dix des 27 pays de l’Union n’en ont pas ou, comme l’Allemagne, n’en ont que dans certaines branches et non pas en vertu de la loi mais d’accords sectoriels, négociés sans intervention de l’Etat.

Contrairement à la France où bien peu de gens contesteraient l’absence du Smic ces pays considèrent que le salaire minimum est un frein à l’embauche parce qu’il empêche, disent-ils, des entreprises d’offrir des emplois non qualifiés pour lesquels il y aurait preneurs mais qu’elles ne peuvent pas payer au niveau imposé par la loi.

Pour les plus libéraux des pays européens, le salaire minimum est une pure aberration, totalement contreproductive, et la Commission européenne a longtemps partagé et défendu cette analyse jusqu’à ce qu’elle change d’avis, hier, à la surprise générale. Désormais, la Commission plaide non seulement pour la généralisation des salaires minimum, nationaux ou sectoriels, mais également pour leur fixation à un niveau « approprié », autrement dit décent.

Le salaire minimum est maintenant devenu pour elle « un bon instrument de lutte contre la pauvreté », un moyen aussi de rendre certains emplois « plus attirants », et ce revirement est d’autant plus étonnant que s’il est aujourd’hui un bastion libéral en Europe, c’est bien la Commission. Choisi par les 27 gouvernements de l’Union qui sont aujourd’hui très majoritairement à droite, son président, José Manuel Barroso, est un libéral militant. Egalement choisis par les gouvernements, ses membres, les Commissaires européens, sont tout aussi libéraux à de rares exceptions près dont celle de Michel Barnier, gaulliste à la fibre régulatrice et sociale.

Fruit des majorités élues en Europe dans une période qui fut profondément libérale, la Commission a des convictions idéologiques mais elle n’en doit pas moins s’adapter à l’évolution des temps. Depuis le krach de Wall Street, il est devenu difficile de faire une potion magique de la déréglementation économique. Barack Obama axe toute sa campagne électorale sur la revalorisation de l’impôt comme instrument de redistribution. De plus en plus de voix, surtout, s’élèvent en Europe, parmi les économistes, dans les milieux patronaux et jusque dans des partis de droite, pour dire qu’il faut relancer la croissance et non pas seulement baisser les dépenses, remettre dans l’huile dans la machine, notamment en augmentant le pouvoir d’achat, avant que l’Europe malade de ses dettes ne meure guérie. La Commission n’a pas là de pouvoirs de décision mais sa conversion d’hier n’en est pas moins le signe, un de plus, que la période change.

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