A première vue, mais à première vue seulement, la tension baisse dans la péninsule coréenne. Après avoir menacé pendant des jours et des jours la Corée du Sud et les Etats-Unis de frappes nucléaires, après avoir appelé les diplomates et ressortissants étrangers à quitter Séoul et Pyongyang comme si l’apocalypse était imminente, la Corée du Nord rompt maintenant avec la rhétorique guerrière.

C’est de pourparlers et de négociations que ses communiqués sont désormais pleins. L’évolution est notable. Elle est évidemment rassurante mais le problème est que les conditions mises par ce régime à une éventuelle reprise du dialogue sont tout simplement impossibles à remplir. En préalables à toute négociation, la Corée du Nord n’exige rien de moins que l’arrêt immédiat des manœuvres annuelles menées par la Corée du Sud et les Etats-Unis et la suspension, surtout, des sanctions internationales qui la frappent en raison de son programme nucléaire et qui viennent d’être renforcées après son nouvel et troisième essai du 12 février dernier.

Le régime nord-coréen voudrait, autrement dit, qu’on lui cède en tous points sans qu’il ait fait la moindre concession à quiconque, que la Corée du Sud, les Etats-Unis et le Conseil de sécurité prennent leur parti de son programme nucléaire et qu’il puisse continuer à s’armer jusqu’aux dents sans que personne ne veuille plus parer la menace qu’il constitue. Naturellement négative, la réponse ne s’est pas fait attendre. Le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, a immédiatement rétorqué que ces conditions n’étaient « pas acceptables ». La Corée du Sud les a jugées « incompréhensibles » et « absurdes » mais comment analyser alors ce changement de ton qui n’en est pas moins réel ?

Dans l’hypothèse optimiste, ce régime serait en train d’opérer un vrai tournant, mais par étapes. Il n’aurait fait monter la tension que pour montrer ses muscles avant de rechercher un compromis. Il ne poserait maintenant d’inacceptables conditions que pour amorcer des contacts indirects sans perdre la face. Il ne voudrait, en un mot, que revenir à la table des négociations dans les meilleures conditions possibles et y échanger des assurances militaires données à la Corée du Sud contre des garanties sur sa propre pérennité et le développement d’une aide et d’échanges économiques.

C’est une hypothèse parfaitement vraisemblable car la dynastie stalinienne au pouvoir à Pyongyang est en quête des moyens de se survivre, finit par lasser son seul véritable allié qu’est la Chine et n’a, rationnellement parlant, d’autre carte à jouer que l’élaboration d’un modus vivendi durable avec le Sud. Dans cette hypothèse, on irait vraiment, lentement mais sûrement, vers une détente mais l’ennui est que ce régime ubuesque est tout, sauf rationnel.

D’où la seconde hypothèse qui est qu’il ne verrait son salut que dans la possession de la bombe et ne soufflerait le tiède après le chaud que pour calmer l’irritation des Chinois et gagner le temps nécessaire à l’aboutissement de son programme nucléaire. On ne sait pas et l’inquiétude est loin d’être dissipée.

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