Rien d’indigne mais rien de glorieux non plus. Reçu ces deux derniers jours en Egypte pour une visite d’Etat, François Hollande n’y a pas du tout esquivé la question des droits de l’homme.

Devant la presse et en présence du président égyptien, le maréchal Sissi, il a longuement expliqué, au contraire, que la liberté d’expression, l’Etat de droit et une Justice indépendante n’étaient pas des contraintes face au terrorisme mais des moyens de lutter contre lui.

Ce qu’il disait là était qu’il ne fallait pas, surtout pas, laisser le monopole de la contestation politique aux djihadistes en réprimant toute forme d’opposition pacifique. Il avait raison, bien sûr. Il avait encore plus raison de le dire alors que même les plus modérés des opposants égyptiens sont emprisonnés, violemment tabassés et souvent torturés à mort, mais cette visite, sa pompe, ses contrats industriels et ses grandes déclarations de convergence et d’amitié entre les deux pays n’en laissent pas moins un énorme malaise.

Quoi qu’y ait dit, et bien dit, François Hollande, la France est aujourd’hui le fournisseur d’armes de l’Egypte et l’un des plus grands soutiens de son maréchal.

La raison en est claire. Paris et Le Caire ont un même ennemi, l’Etat islamique qui travaille le Sinaï et s’est implanté dans la Libye limitrophe.

Contre cette menace commune, l’Egypte a besoin des armes françaises, avions et navires de guerre, que finance l’Arabie saoudite. Le réalisme et ses priorités commandent d’autant plus de les lui livrer que ce n’est pas avec ces armes-là que les opposants sont pourchassés et torturés mais elles n’en renforcent pas moins un régime totalement détestable que la France ne s’honore pas d’avoir pour allié, même si elle n’est pas seule, et loin de là, à le courtiser.

Alors qu’en dire ?

Trois choses. La première est que si le maréchal Sissi n’avait pas renversé, en 2013, le premier président démocratiquement élu qu’ait connu l’Egypte, Mohamed Morsi, un Frère musulman, conservateur, réactionnaire, islamiste, rien de sympathique mais pas du tout un djihadiste, on n’en serait pas là. Très vite devenu impopulaire en raison de sa totale incompétence, il aurait bientôt uni contre lui une solide opposition et n’aurait jamais été réélu. L’Egypte serait entrée dans la démocratie et n’aurait pas à choisir aujourd’hui entre le fanatisme et la dictature.

La deuxième chose est que ce ne sont pas du tout les Occidentaux mais l’armée qui avait voulu ce coup de force et qu’il n’y a désormais plus, malheureusement, qu’à traiter avec cet Etat tel qu’il est. Quant à la troisième chose à dire de l’Egypte, c’est qu’elle est exactement ce que deviendrait la Syrie si Bachar al-Assad l’emportait, un pays où la dictature et le djihadisme se justifient et se nourrissent l’un l’autre. C’est pour cela qu’il ne faut pas que le régime Assad gagne mais cède la place, non pas à Daesh mais à ceux, même islamistes, qu’un scrutin libre désignerait.

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