En anticipant les élections, Recep Erdogan minimise les risques d'un échec mais il n'a pourtant pas gagné d'avance.

Mieux valait ne plus attendre. Parce que la situation économique, aujourd’hui bonne, risque de se dégrader sérieusement, que les marchés sont si peu confiants que la devise turque n’en finit plus de dégringoler, parce que sa diplomatie, surtout, parait toujours plus confuse entre la réaffirmation de son alliance avec la Russie et l’approbation des frappes occidentales sur l’arsenal chimique de Bachar al-Assad, Recep Erdogan, ce président que la Turquie n’appelle plus que le « sultan », vient d’annoncer hier l’anticipation des prochaines élections. 

Avec un an et demi d’avance, c’est donc le 24 juin que les Turcs éliront à la fois leur président et leurs députés dans des scrutins plus ouverts qu’il n’y parait. 

Recep Erdogan a mis toutes les chances de son côté. Il vient de faire reconduire l’état de siège qui devrait donc toujours être en vigueur pendant la campagne et les élections elles-mêmes. La presse est muselée, réduite à la plus grande prudence par l’embastillement des plus courageux des journalistes. Des élus eux-mêmes sont en prison. Cent dix mille fonctionnaires ont été limogés et trois mille militaires de plus vont bientôt l’être. Soixante-dix-huit mille personnes sont en état d’arrestation. 

A Istanbul comme à Ankara, l’atmosphère est si pesante que beaucoup d’intellectuels ont choisi l’émigration mais, si verrouillée que soit la Turquie, Recep Erdogan n’a remporté, l’année dernière, que de bien peu le référendum étendant les pouvoirs présidentiels à compter des nouvelles élections. Il a perdu les grandes villes et il y a maintenant quelque chose de si brutal, véhément et imprévisible chez cet homme qu’il inquiète jusque dans cette base électorale traditionaliste et pieuse qui lui avait été si fidèle depuis 2003. 

Le camp conservateur se lézarde. C’est aussi pour cela que Recep Erdogan précipite les choses et si peu de gens, en Turquie, croient qu’il puisse être battu, beaucoup tablent en revanche sur un deuxième tour de la présidentielle et un fort recul de son parti, l’AKP, aux législatives. 

L’économie russe n’est pas en grande forme. Les dirigeants iraniens se déchirent entre conservateurs et pragmatiques. La Turquie ne sait plus trop quoi jouer au Proche-Orient. Les trois alliés de Bachar al-Assad ont tous leurs fragilités. Leur front était déjà bien incertain mais imaginons maintenant, car ce n’est pas exclu, que Recep Erdogan ne l’emporte pas dès le premier tour et doive affronter, au second, Meral Aksener, cette ancienne ministre de l’Intérieur, pieuse mais en cheveux, nationaliste mais très européenne et assez populaire pour pouvoir unir sur son nom bien des courants de l’opposition, alors là, oui, une surprise et de taille pourrait tout bouleverser, dans toute la région.

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