Des négociations de paix sont engagées par les Américains avec les talibans pour mettre fin à la plus longue guerre des États-Unis. Mais les femmes et la société civile redoutent d’être laissés à la merci des intégristes puissants militairement.

Zahra Elham, première femme à remporter la compétition musicale télévisée Aghan Idol le mois dernier. Elle veut "combattre les talibans avec des chansons", interdites lorsqu’ils étaient au pouvoir.
Zahra Elham, première femme à remporter la compétition musicale télévisée Aghan Idol le mois dernier. Elle veut "combattre les talibans avec des chansons", interdites lorsqu’ils étaient au pouvoir. © AFP / WAKIL KOHSAR / AFP

Une réelle inquiétude monte parmi les femmes afghanes. Elles redoutent de faire les frais de la tentative américaine de négocier la fin de dix-huit années de guerre avec les talibans - ceux-là même qui, lorsqu’ils étaient au pouvoir de 1996 à 2001, interdisaient aux filles de s’éduquer, et aux femmes de travailler, contraintes de se couvrir de la tête aux pieds.

Depuis 2001, elles étaient brandies comme des étendards lorsqu’il s’agissait de combattre l’intégrisme, femmes médecin, pilote d’avions de ligne, étudiantes ou fillettes se rendant à l’école…

Mais dix-huit années de guerre sans fin, le plus long engagement militaire de l’histoire américaine, et un échec politique à construire un État viable, capable de se défendre, risquent de se retourner contre celles qui ont le plus à perdre.

Des négociations sont en cours avec les talibans : elles sont encore loin d’aboutir, mais suffisamment avancées pour faire revivre l’angoisse d’un passé à peine surmonté.

Des discussions ont lieu depuis des mois entre les talibans et les Américains. Mais aujourd’hui devait se tenir une rencontre inédite à Qatar, entre des représentants des talibans et une délégation de 250 personnes venues de Kaboul, gouvernement et société afghane.

Cette rencontre a été reportée à la dernière minute, car les talibans ne reconnaissaient pas la présence de membres du gouvernement afghan autour de la table. Ils n’accordent aucune légitimité au gouvernement de Kaboul, considéré comme une création des États-Unis.

Cette petite humiliation est évidemment de mauvais augure, d’autant que les talibans sont plus actifs que jamais sur le plan militaire. Ils ont lancé leur traditionnelle offensive de printemps pile au moment où se préparait la rencontre de Doha, une manière de montrer qu’ils ne discutent pas en position de faiblesse.

Cette rencontre était d’autant plus importante que le Président afghan, Ashraf Ghani, vivait très mal les discussions directes, sans son gouvernement, entre les talibans et l’émissaire américain, Zalmay Khalizad, un néoconservateur né en Afghanistan.

La grande crainte des Afghans est un scénario à la vietnamienne, c’est-à-dire un accord de paix permettant aux États-Unis de se retirer d’un bourbier, aux dépens de leurs alliés locaux qui ne feront pas le poids face à leurs ennemis.

A l’époque, en 1973, Henry Kissinger avait espéré un « délai de décence » avant que le Nord Vietnam n’avale le Sud ; les Afghans redoutent aujourd’hui de voir le scénario se renouveler avec un Donald Trump qui se soucie peu du sort de l’Afghanistan ou même des équilibres stratégiques en Asie. Sa seule exigence est que les talibans s’engagent à ne plus abriter de groupes terroristes comme Al Qaida, à l’origine de leur intervention, après le 11 septembre 2001.

L’équation est insoluble : les États-Unis ne veulent plus d’une guerre sans fin, et il n’y a pas de paix possible sans accord avec les talibans dont l’horizon indépassable est celui de la charia. Que pèse le sort des femmes dans cette équation ?

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