En grève de la faim depuis le début du mois, l’opposant russe emprisonné serait en danger de mort, selon sa famille et ses médecins. L’affaire prend un inévitable tour politique et diplomatique dans un contexte déjà tendu.

Anastasia Vsilyeva, présidente d’un syndicat de médecins, est emmenée par des policiers russes, le 6 avril : elle venait soutenir Alexei Navalny face à l’entrée de la colonie pénitentiaire IK2.
Anastasia Vsilyeva, présidente d’un syndicat de médecins, est emmenée par des policiers russes, le 6 avril : elle venait soutenir Alexei Navalny face à l’entrée de la colonie pénitentiaire IK2. © AFP / Evgeny Odinokov / Sputnik / Sputnik via AFP

Pour la deuxième fois en l’espace de quelques mois, la santé d’Alexei Navalny, l’opposant numéro un à Vladimir Poutine, est au centre des tensions internationales. Aux États-Unis comme en Europe, les pays occidentaux mettent en garde Moscou contre les conséquences que pourrait avoir la mort éventuelle de l’opposant russe dans le centre pénitentiaire où il se trouve.

Alexei Navalny avait déjà frôlé la mort l’été dernier, après avoir été victime d’un empoisonnement chimique en Russie. Soigné en Allemagne, il avait choisi de rentrer à Moscou, où il avait été immédiatement arrêté, et condamné en février dernier à deux ans et huit mois de prison. 

L’opposant purge sa peine dans la « Colonie de redressement numéro 2 » (IK2) de Pokrov, à 100 km de Moscou, dans des conditions qu’il a décrites, dans un message clandestin, comme « orwelliennes ». Depuis le début du mois, il a entamé une grève de la faim pour réclamer le droit de consulter le médecin de son choix, ce qui lui est refusé. Deux semaines plus tard, ses amis et une tribune signée par un millier de personnalités du monde entier, lancent un cri d’alarme : Alexei Navalny serait en danger de mort.

Deux versions s’affrontent sur sa situation concrète, en l’absence de toute information indépendante : le médecin personnel de l’opposant de 44 ans estime que sa santé se dégrade vite et qu’il risque un arrêt cardiaque à tout instant ; un autre médecin russe, qui a eu à soigner Alexei Navalny par le passé, affirme que s’il ne démarre pas un traitement, il mourra dans les prochains jours.

L’ambassadeur russe à Londres a été envoyé sur le front médiatique pour contrer ces informations. Le gouvernement « ne laissera pas M. Navalny mourir en prison », a-t-il dit, tout en accusant l’opposant de vouloir « attirer l’attention ». 

Quoi qu’il en soit, l’affaire est devenue politique et diplomatique, ce qui n’est guère surprenant, dans un contexte déjà marqué par de fortes tensions entre Moscou et les Occidentaux ; d’abord autour du conflit en Ukraine, et de l’expulsion de diplomates russes des États-Unis la semaine dernière, de République tchèque ce weekend, accusés d’espionnage.

Pour l’instant, il s’agit d’une guerre des mots. Hier, Jake Sullivan, le Conseiller à la Sécurité nationale de Joe Biden, a assuré que la mort de Navalny ne resterait pas sans conséquences. Même tonalité en Europe, où les ministres des Affaires étrangères des 27 en parleront aujourd’hui à Bruxelles.

Cette affaire en rajoute à la dégradation générale des rapports Russie-Occident. Même Emmanuel Macron, qui avait tenté il y a deux ans un rapprochement avec Vladimir Poutine, a déclaré hier sur la chaîne américaine CBS qu’il fallait définir des « lignes rouges claires » avec Moscou. Et réaffirmé que des sanctions étaient légitimes après un comportement inacceptable.

Vladimir Poutine est d’autant moins susceptible de reculer que les amis d’Alexei Navalny appellent à manifester mercredi, le jour d’une intervention télévisée du Président russe. Au lieu de désamorcer facilement cette crise, il risque de vouloir en faire une démonstration de sa force - une de plus. Navalny est traité comme les dissidents de l’époque soviétique, pas comme un opposant dans une démocratie.

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