Dans le ciel, ils étaient tout, nous n’étions rien. Le monde volait américain. Cette suprématie aérienne semblait aussi inébranlable que celle de Microsoft aujourd’hui mais cet après-midi, Airbus lance à Toulouse, son gros porteur, l’A3XX – si vous avez une idée de nom, appelez, ils cherchent encore - et, déjà au coude à coude avec Boeing, la compagnie européenne pourrait bien vite devenir la première du monde, la reine des airs. A elle seule, la France n’y serait pas arrivée, l’Allemagne moins encore, la Grande-Bretagne pas plus, ni l’Espagne ni l’Italie non plus. L’Europe, elle, y est parvenue, en unissant ses efforts, ses capitaux, ses savoirs-faire, en mobilisant un continent dont l’unité peut changer le monde. Sans doute est-ce un peu bête à dire, difficile à avouer, mais ce matin on se sent, donc, plutôt fier d’être européen, fier de voir que les différences de langue, de culture, que les rivalités nationales elles-mêmes, n’empêchent rien, se surmontent dès lors qu’il est évident qu’y céder c’est céder le monde aux Etats-Unis. Cette alternative résume, d’ailleurs, tout le débat européen. Nous avons le choix. Ou bien nous devenons, volontairement, passivement, des sous-traitants des Etats-Unis, exportateurs de foies gras et importateurs d’ordinateurs, d’avions, de satellites, ou bien nous relevons le défi, n’acceptons plus que l’unité américaine ait constamment raison de la désunion européenne et nous gagnons. Nous ne gagnons pas sur tout, bien sûr, mais nous ne perdons plus sur tout, nous n’acceptons plus de tenir d’office les seconds rôles et nous disons que si nous pouvons être les meilleurs dans le lancement de satellites, bientôt dans les hélicoptères et l’aéronautique civile, aucun domaine ne nous est interdit au prétexte que les Etats-Unis sont, aujourd’hui, les plus forts. Oui, c’est vrai, y a là une question d’orgueil, d’ego, mais outre qu’il n’y a pas de honte à vouloir gagner, à vouloir décider de son destin plutôt que d’attendre que des conseils d’administration décident pour vous outre-atlantique, il y va également de la stabilité du monde. Les Etats-Unis peuvent, aujourd’hui, prétendre décider seuls pour la seule raison qu’ils sont industriellement, technologiquement, économiquement les plus puissants. Il y a toujours un moment, où ce rapport de forces a raison des courtoisies entre alliés, où les Etats-Unis peuvent dire tout simplement « non » parce qu’ils le peuvent et cette faculté qu’ils ont d’imposer leurs vues est formidablement dangereuse pour tous. Seuls à décider, les Etats-Unis décident en fonction de leur politique intérieure, de leurs intérêts immédiats, de leur rapports de force internes, de leur seule culture qui est loin d’être universelle. C’est ainsi qu’ils n’ont à peu près pas cessé de se tromper depuis la fin de la concurrence soviétique, depuis la fin de l’URSS, de se tromper en Russie, dans les Balkans, au Proche-Orient et en Afrique. Une super-puissance qui peut n’en faire qu’à sa tête, c’est, très vite, l’instabilité internationale qui menace et c’est pour cela que ce matin les nouvelles de Toulouse sont tellement réjouissantes.

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