Guerre, pas guerre – plus les jours passent, plus il est difficile de le dire. Le début de l’année approche, on n’est plus qu’à deux semaines de ces mois de janvier et février qui seraient, militairement parlant, pour des raisons climatiques, les plus favorables à une intervention, mais les signaux sont plus contradictoires que jamais. D’un côté, les Etats-Unis massent leurs troupes dans la région, pressent les opposants irakiens de l’étranger de s’organiser, forment des interprètes, mettent en doute l’exactitude du rapport que l’Irak vient de remettre à l’Onu sur l’état de ses armements. D’un côté, l’Amérique se prépare à la guerre et fait tout pour qu’elle soit considérée comme inéluctable mais, de l’autre, elle ne s’y engage pas vraiment. Janvier, c’est demain. Le printemps, ce serait bien tard ou, en tout cas, plus difficile. Si guerre il doit y avoir, le temps presse. Si la décision était déjà prise, on devrait être dans la dernière ligne droite mais, tout en s’apprêtant à accuser Saddam Hussein d’avoir falsifié l’état de ses armements remis il y a deux semaines à l’Onu, tout en l’accusant de mentir à nouveau, les Américains prennent soin de dire que cela seul ne justifierait pas une entrée en guerre. Autrement dit, les inspecteurs de l’Onu devraient, dans l’immédiat, poursuivre leurs contrôles, rester en Irak alors que leur présence sur le terrain serait difficilement compatible avec un déclenchement des hostilités. On est dans un si total brouillard qu’aucune des capitales les plus directement concernées, pas plus celles des pays du Proche-Orient que celles des pays membres du Conseil de sécurité, ne sait à quoi s’en tenir. Personne ne sait et le pronostic général ne risque pas d’être démenti puisqu’il est partout que la guerre est « probable mais pas inéluctable ». Certes mais, alors, que comprendre ? Eh bien, sans doute, que toutes les options restent ouvertes, que Georges Bush veut être prêt au cas où il déciderait de donner l’ordre à ses militaires de lancer la bataille mais que, pour l’heure, la décision n’est pas prise – comme ne cessent, d’ailleurs, de le répéter, les porte-parole américains. Elle ne l’est pas car la lutte d’influence se poursuit à Washington entre les partisans de la prudence, les diplomates du département d’Etat, et les avocats d’un renversement de Saddam Hussein, la droite républicaine qui contrôle le département de la Défense. Les uns se contenteraient d’un désarmement du régimes irakien et de son affaiblissement politique ; les autres veulent la tête de Saddam car ils voudraient faire de l’Irak une vitrine de l’Amérique au Proche-Orient afin de modifier toute la carte politique de la région. Entre ces deux écoles, la bataille est permanente, ouverte, sans pitié, mais l’une et l’autre communient, pourtant, dans la volonté de ne pas courir à l’irréversible car elles espèrent, l’une comme l’autre, que les gesticulations militaires des Etats-Unis conduiront les militaires irakiens à renverser eux-mêmes leur président pour s’adjuger le pouvoir en se dédouanant de leur passé. L’heure approche mais on ne sait pas.

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