Les Américains, eux, s’attendent à un regain de violence. Ils ne le disent pas en public mais dans leurs contacts diplomatiques comme dans leurs discussions internes, l’hypothèse qu’ils retiennent n’est pas du tout que l’arrestation de Saddam Hussein mette prochainement terme aux attentats pour la bonne raison que ce n’est pas sur le chef d’une armée secrète qu’ils ont mis la main il y aura, demain, une semaine. L’homme qu’ils ont fini par sortir d’un trou n’avait à sa disposition aucun vrai moyen de communication, certainement pas de quoi coordonner des attaques. Il n’avait que peu d’argent car ce n’est pas avec 750 000 dollars qu’on finance une guérilla. Il était surtout trop coupé du monde et des réalités irakiennes, trop hagard, perdu, pour être le commandant en chef sans lequel les groupes armés qui frappent tous les jours, à Bagdad et dans le reste du pays, ne pourraient plus agir. Alors, question, que va-t-il se passer maintenant en Irak ? La première possibilité, la plus rose, est que le nombre des attentats finisse malgré tout par diminuer au fil des mois. C’est possible, non pas parce que Saddam est désormais derrière les barreaux mais parce que l’armée américaine démantèle de plus en plus de réseaux et de groupes et que ces coups de filet successifs et les renseignements qu’ils permettent d’accumuler peuvent réduire, petit à petit, le nombre et la marge de manœuvres des poseurs de bombes. C’est une hypothèse qui n’est pas à exclure car il n’est pas vrai que la répression soit toujours vaine mais, outre qu’elle suscite souvent de nouvelles vocations, l’arrestation de Saddam pourrait, au contraire, tendre à unir les Irakiens contre la présence américaine car ils n’ont maintenant plus à craindre son retour. Depuis samedi dernier, la guerre est finie. La dictature, celle-là du moins, est définitivement enterrée. S’opposer aux Américains n’est plus défendre l’ancien régime dont les Irakiens ne souhaitaient certainement pas le rétablissement et les Etats-Unis pourraient ainsi se trouver face à un peuple qui n’aurait plus aucune raison de souhaiter le maintien de leur occupation. Dans ce deuxième scénario auquel croient beaucoup d’Irakiens et d’observateurs étrangers, y compris américains, de vrais mouvements de résistance pourraient bientôt succéder à la violence anarchique de ces derniers mois et poser bien plus de problèmes encore aux Etats-Unis. Et puis il y a une troisième hypothèse, peut-être la plus probable, celle d’une période d’entre-deux dans laquelle les attentats se raréfieraient progressivement pendant que des organisations politico-militaires s’organiseraient dans l’ombre avant de commencer à frapper. Sans doute y a-t-il une fenêtre d’opportunité pour les Etats-Unis, aux alentours du printemps, dès février peut-être, un moment où ils pourraient amorcer un repli ordonné mais ils ne pourront saisir cette chance qu’à une condition. Il faudrait, pour cela, qu’ils sachent repasser les commandes politiques de l’Irak à des hommes et dans une légitimité qui soient acceptés par les Irakiens. Ils n’en prennent pas aujourd’hui le chemin mais ils ont encore un peu de temps, très peu, pour le faire.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.