C’est évidemment une bonne nouvelle mais qu’annonce-t-elle ? C’est une bonne nouvelle car toute libération d’otages, où que ce soit, en est une mais pourquoi les Forces armées révolutionnaires de Colombie, les Farc, ont-elles annoncé, hier, qu’elles libéreraient et remettraient au Président vénézuelien Hugo Chavez la directrice de campagne d’Ingrid Betancourt, Clara Rojas, enlevée en même qu’elle en en février 2002, l’enfant qu’elle a conçu en détention et une ancienne parlementaire aux mains de la guérilla depuis 2001 ? Leur raison est claire. Aussi dépourvues qu’elles soient d’agilité politique, les Farc ont maintenant compris qu’elles pouvaient tirer profit d’Ingrid Betancourt, du choc causé par les photos montrant l'état d’épuisement de la mobilisation croissante en sa faveur, surtout en France dans la mesure où Ingrid Betancourt est à la fois colombienne et française et que le père de ses enfants est un diplomate français. Depuis que Nicolas Sarkozy s’est personnellement engagé dans la bataille en faveur de sa libération, Ingrid Betancourt est devenue ce qu’on appelle une « cause célèbre », d’une immense valeur pour ses geôliers. C’est le revers de cette indispensable mobilisation, son effet pervers, car les Farc peuvent ainsi faire monter les enchères politiques sur la scène colombienne. Les Farc ont en face d’elles un président assez populaire pour avoir été réélu en 2006, Alvaro Uribe, homme d’ordre, très à droite, très intransigeant et dont elles avaient assassiné le père en 1983. S’appuyant sur des forces paramilitaires qui ont pris une telle place en Colombie qu’on y parle de « parapolitique », Alvaro Uribe a porté aux Farc des coups sévères mais pas décisifs. Entre la guérilla et ce Président, un bras de fer est en cours et ce que veulent, aujourd’hui, les guérilleros c’est obtenir une reconnaissance de leur force et de leur place à la faveur d’une médiation internationale dans l’affaire des otages. Alvaro Uribe a compris le danger que cela représenterait pour sa politique d’écrasement des Farc. C’est pour cela qu’il avait proposé de lui-même un échange de prisonniers et accepté qu’Hugo Chavez joue les intermédiaires mais, dès que le chef de l’Etat vénézuelien, soutenu par la France, s’est montré trop actif, Alvaro Uribe lui a retiré son mandat. Ca n’a pas été apprécié à Paris. Même la Maison-Blanche a froncé les sourcils et c’est dans ce contexte que les Farc ont décidé ce geste unilatéral de bonne volonté qui appelle Paris et, indirectement, Washington à faire pression sur Uribe pour la suite – pour Ingrid Betancourt. Si ça marche, il faudrait d’autant plus s’en réjouir que les Farc pourraient peut-être accepter alors un processus négocié de retour à la paix civile. Ce serait le scénario rose mais les classes possédantes colombiennes ne sont pas prêtes à de grandes concessions et les Farc, à l’origine proches de Cuba et luttant pour une réforme agraire, sont aujourd’hui gangrenées par le trafic de drogue dont elles vivent et singulièrement dépourvues de vision politique. Le deal auquel elles aspirent ne sera pas simple. La crise colombienne n’est pas déjà résolue.

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