A tort ou à raison mais le fait est là : la Chine fait peur. Elle irrite toujours plus les Occidentaux parce qu’elle inonde leurs marchés de produits maintenus à un prix artificiellement bas grâce à la sous-évaluation de sa monnaie, ses bas salaires et son absence de toute norme sociale et environnementale.

Elle inquiète tout particulièrement les Etats-Unis parce qu’elle a acheté tant de leurs bonds du trésor qu’elle est devenue leur banquier, un créancier qui ne pourrait certes pas les mettre en faillite car elle serait alors la première à en souffrir mais qui pourrait désormais exercer des pressions sur eux. Les Africains aussi craignent la Chine car, après lui avoir ouvert grand leurs portes, ils finissent par la trouver bien plus omniprésente encore que leurs anciennes puissances coloniales. Trop riche, trop assoiffée de matières premières et bien trop nouvelle, surtout, sur la scène internationale, la Chine y fait encore l’effet d’une bande de squatters qui se seraient soudainement introduits dans un club aux règles bien établies mais c’est avant tout à ses frontières, en Asie, qu’elle suscite une phobie grandissante.

Sans elle, le PLD, le Parti libéral démocrate, la droite japonaise, n’aurait pas remporté l’écrasante majorité qu’il s’est adjugée dimanche. Parti dominant de tout l’après-guerre, le PLD a bien sûr bénéficié d’une morosité économique qui a conduit les électeurs à rejeter la gauche arrivée aux commandes il y a trois ans. Le Japon a sorti des sortants qui n’avaient pas su s’imposer mais, avec le PLD, il a surtout rappelé au pouvoir un ancien Premier ministre, Shinzo Abe, dont toute l’image est celle d’un homme qui ne veut rien céder à la Chine et avait tenté, sous son premier mandat, de lui opposer une alliance militaire réunissant l’Inde et l’Australie aux côtés des Etats-Unis et du Japon.

Sitôt son triomphe acquis, Shinzo Abe a ainsi déclaré que la souveraineté de son pays sur les îles Senkaku, celles que la Chine appelle Dyaoyu et revendiquent également, « n’était pas négociable car le Japon les possède en vertu des lois internationales ». Ce sont ces îles qui avaient provoqué, en septembre, de très graves tensions entre les deux pays car, après que le Japon les eut en quelque sorte nationalisées en les rachetant à leurs propriétaires privées, la Chine avait laissé s’organiser sur son territoire de très violentes manifestations dirigées contre les ressortissants et les intérêts japonais.

Le pouvoir chinois avait alors surfé sur le nationalisme de sa population et c’est, maintenant, le nationalisme japonais qui a permis la victoire de Shinzo Abe dont le programme est de faire baisser le yen pour redresser l’économie, de relancer le nucléaire malgré Fukushima et, avant tout, de réarmer son pays, quitte à amender sa Constitution qui le lui interdit. La guerre n’est évidemment pas pour demain ne serait-ce que parce que ces deux économies sont trop intimement liées pour le permettre mais le ton monte entre Tokyo et Pékin. C’est un « Vas-y si tu l’oses » que le Japon lance désormais à la Chine et son intention est à nouveau de se rapprocher de l’Inde et de l’Australie et de resserrer encore ses liens avec les Etats-Unis – trois pays que la Chine inquiète.

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