Le mandat présidentiel de Joseph Kabila, président de la République démocratique du Congo, s'achève...

Et... rien. Il n'y a personne pour lui succéder. Quand je dis personne, je ne doute qu'il y ait des leaders d'opposition, en exil ou non, qui rêveraient de prendre sa place mais personne n'a été élu en bonne et due forme alors que Kabila ne peut pas se présenter.

Comme dans beaucoup de pays, le nombre des mandats présidentiels a été limité à deux par la constitution. Joseph Kabila a été élu en 2006 et 2011. C'est donc fini. FI-NI. Mais encore fallait-il organiser des élections. Et c'est justement ce qui n'a pas été fait.

Alors bien sûr, le pays est grand, grand comme la moitié de l'Union européenne. Bien sûr, il manque des électeurs sur les listes électorales. Des millions selon le gouvernement. Mais est-ce une raison suffisante pour repousser les élections de 2 ans.

Vous voulez dire qu'il va rester au pouvoir sans mandat jusqu'en 2018 ?

C'est exactement cela et c'est une situation qui serait presque comique si les conflits politiques en RDC n'avaient l'habitude de dégénérer en milliers voire en centaines de milliers de morts. Entre 1998 et 2003, la guerre a fait entre 3 et 5 millions de victimes.

Pas plus tard qu'en septembre dernier, une cinquantaine de manifestants ont été tué dans les rues de Kinshasa pour avoir protesté contre Joseph Kabila. Autrement dit, cette drôle de vacance du pouvoir peut dégénérer à tout moment.

Les ambassades ont rapatrié leur personnel non indispensables, les Congolais les plus aisés ont mis à l'abri leurs familles et leurs biens, les diplomates se sont succédés pour tenter de persuader Kabila de fixer une date pour les élections et sortir de l'impasse.

Pourquoi ne veut-il rien entendre ?

D'abord parce qu'il s'y est pris trop tard. Contrairement à ses voisins Rwandais, Burundais ou Congolais (l'autre Congo, le Congo Brazzaville), Kabila n'a pas modifié la constitution ou organisé un référendum pour modifier la constitution et faire un 3e mandat.

Il s'est juste enfermé dans sa résidence, avec ses singes, ses antilopes et sa playstation, et a attendu, attendu, attendu... Jusqu'à ce que la Cour constitutionnelle congolaise accepte de prolonger ce fameux mandat présidentiel jusqu'à... nous verrons bien !

En fait que veut-il ? Il veut des garanties pour lui, sa famille et surtout son immense fortune accumulée en 15 ans de pouvoir. Il a parfaitement en tête l'exemple du libérien Charles Taylor qui avait accepté de partir et qui s'est retrouvé en prison.

Or on sait que Kabila et les siens contrôlent au moins 140 permis miniers de prospection et d'extraction pour au moins 70 entreprises locales et internationales. Le New York Times a même un chiffre précis : 95,7M$ transférés sur des comptes offshores.

Et personne ne peut lui garantir l'impunité...

C'est tout le problème : depuis la création de la Cour pénale internationale en 1998, un tribunal qui s'intéresse beaucoup à l'Afrique, personne n'est plus capable de garantir quoi que ce soit aux anciens dirigeants corrompus et éloignés du pouvoir.

C'est probablement ce qui a justifié le revirement Yahia Jammeh, président pendant 22 ans de la petite Gambie, qui a d'abord accepté la victoire électorale de son opposant pour finalement la refuser en bloc une semaine plus tard.

Or Joseph Kabila est un très jeune président : il a 45 ans, des enfants jeunes, une fortune récente et mal acquise et la vie devant lui. Une vie qu'il n'a absolument pas envie de passer avec ses avocats. Donc, à Kinshasa ce sera après moi le déluge !

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