Parce que c'est une élection importante dans un pays clé d'Amérique latine. De plus le Chili a toujours une place à part dans la mémoire politique française. C'est le pays qui a fini par symboliser la résistance à l'oppression militaro-dictatoriale.

Le Chili reste une icône de gauche, avec Salvador Allende, la prise de pouvoir de Pinochet, les poèmes de Pablo Neruda et aussi les dizaines de milliers de Chiliens réfugiés en France dans les années 70.

La question est donc : comment un pays avec des problèmes de gauche a-t-il pu voter aussi massivement – plus de 54% des voix – pour Sebastián Piñera, un conservateur multimilliardaire qui n'a même pas l'avantage de la nouveauté : il a déjà été président ?

Quand je dis que le Chili a des problèmes de gauche, je mesure mes propos : le Chili a hérité de Pinochet une structure économique ultralibérale : les retraites sont privées, l'éducation supérieure aussi et la santé publique est réduite au strict minimum.

Et la réponse à la question ?

D'abord, il y a une réponse régionale : tous les pays d'Amérique du sud, s'éloignent les uns après les autres de la gauche révolutionnaire ou sociale-démocrate. Le Chili vient se ranger sur le côté droit de l'échiquier politique un an après son voisin argentin.

Ensuite, il y a une réponse locale, c'est-à-dire chilienne, à cette élection. Au Chili, depuis le retour de la Démocratie en 1989, c'est la gauche qui a dominé le paysage politique. C'est elle qui a dominé la norme et la droite, l'exception.

En plus, elle a déçu. Prenons le cas de Michelle Bachelet : voilà une femme de gauche qui a eu deux fois l'occasion de résoudre ces problèmes de gauche du Chili. Elle est revenue au pouvoir après des manifestations étudiantes...

En promettant la gratuité des études supérieures. Et puis, rien. Quelques réformes emblématiques, sur l'avortement notamment. Mais rien de structurant : la santé et les retraites sont toujours aussi privées et les Chiliens d'en bas, toujours aussi négligés.

Il y a aussi les divisions à gauche...

C'est d'un classique ! La gauche insoumise chilienne, type Mélenchon, le Frente Amplio, a refusé d'appeler à voter pour le candidat de gauche le mieux placé et il a perdu.

Mais il y a aussi une sorte de malédiction continentale : la gauche révolutionnaire sud-américaine a trahi ses idéaux et ses peuples. Elle a ruiné le Vénézuéla, enfermé l'Argentine, l'Equateur et le Pérou dans la violence politique.

Quand elle ne s'est pas caporalisée, comme en Bolivie, mais surtout à Cuba ou au Vénézuéla. Les seuls pays qui s'en tirent sans trop de dommages sont ceux que la gauche à longtemps méprisé, comme la Colombie et donc le Chili.

Il y a guère que 2 exceptions à cette déconfiture de la gauche : l'Uruguay, bien géré, et le Brésil, où si des élections avaient lieu demain, Lula serait réélu triomphalement. Mais l'un est trop petit pour être un modèle et l'autre, trop en crise.  

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