Le numéro un chinois Xi Jinping a prononcé mardi un grand discours inflexible face aux pressions américaines ou aux demandes d’ouverture du régime chinois.

Le Président chinois Xi Jinping, mardi 18 décembre à Pékin, lors des cérémonies du 40ème anniversaire des réformes économiques de l’après-Mao.
Le Président chinois Xi Jinping, mardi 18 décembre à Pékin, lors des cérémonies du 40ème anniversaire des réformes économiques de l’après-Mao. © AFP / WANG Zhao / AFP

Le message a le mérite d’être clair : « aucun maître ne peut dicter quoi que ce soit au peuple chinois ». L’homme qui parle est évidemment Xi Jinping, le Président chinois, et, sans le nommer, il s’adresse à Donald Trump, le « maître » américain.

Cela se passait hier dans le décorum grandiose du Grand Hall du Peuple, place Tiananmen à Pékin. Un discours-fleuve d’une heure et demi pour célébrer le 40ème anniversaire des réformes lancées après la mort de Mao, et qui ont permis à la Chine de devenir la deuxième puissance économique mondiale, en route vers la première place.

Les raisons de cette véritable leçon de puissance du numéro un chinois : les tensions croissantes entre les deux grandes puissances, dans tous les domaines, commercial, technologique, stratégique. Xi Jinping adresse un message à Donald Trump ; mais aussi aux Chinois, en soufflant sur les braises d’un nationalisme qui ne demande que ça. 

Xi Jinping a rencontré Donald Trump il y a dix jours en Argentine, et les deux pays se sont donnés trois mois pour trouver des compromis dans la guerre commerciale qui les oppose. Trump a aussitôt tweeté  sa victoire, ce qui a le don d’agacer son homologue chinois.

Son discours d’hier avait pour but de montrer, au monde, et à la population chinoise, que d’éventuels compromis à court terme sur le commerce ne modifieraient en rien la politique de Pékin, et surtout pas la nature du régime.

Il a réaffirmé sans ambiguïté que l’État resterait au poste de commandement de l’économie, et que le Parti communiste chinois ne cèderait pas une once de son pouvoir. Un démenti cinglant à tous ceux qui pariaient sur une démocratisation de la Chine avec le développement de son économie.

Mais pour montrer l’art de l’équilibrisme qu’est le « socialisme aux caractéristiques chinoises », pour reprendre l’appellation officielle, Xi Jinping a décoré dix grands « amis » étrangers de la Chine, dont Klaus Schwab, le fondateur du Forum de Davos, le temple de la mondialisation libérale, qui lui avait déroulé le tapis rouge l’an dernier.

Pas de détente avec les Américains toutefois, même si, une nouvelle fois, des compromis commerciaux peuvent être trouvés ; les deux parties peuvent y avoir intérêt dans le climat économique mondial actuel.

Mais Xi Jinping est clairement devenu le chantre d’un modèle de capitalisme autoritaire chinois qui s’oppose au modèle occidental ; il est le premier dirigeant à le dire depuis Mao ; il est aussi le premier à le déployer à coups de milliards de dollars sur tous les continents, y compris en Europe.

Il peut aussi se permettre d’enfermer un million de membres de la minorité ouigour dans des « camps de rééducation », prendre deux Canadiens en otage après l’arrestation à Vancouver d’une dirigeante d’entreprise chinoise, ou encore garder au secret depuis un mois Lu Guang, un photographe chinois primé dans le monde entier. 

Le monde n’a pas encore vraiment pris la mesure de la puissance qui est en train d'émerger en Chine.

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