Sous dix jours, les Etats-Unis auront déployé l’ensemble de leurs troupes autour de l’Irak. Sous trois semaines, les grandes chaleurs s’abattront sur la région, empêchant d’envoyer au combat des soldats enfermés dans des combinaisons de protection chimique et bactériologique. Si Georges Bush veut déclencher les hostilités, il doit donc le faire début mars, au tout début du mois, sous peine d’avoir à reporter l’opération à l’automne, dans six mois - de longs mois de montée des manifestations anti-guerre, d’incertitudes économiques et d’approche de la campagne présidentielle. Le calendrier de la Maison-Blanche est, autrement dit, serré mais tout, pourtant, la freine. Les Turcs, premier problème, traînent soudain les pieds. Les Américains croyaient leur collaboration acquise. Ils comptaient pénétrer dans le Kurdistan irakien par le sud-est de la Turquie mais, enhardis par la dernière réunion du Conseil de sécurité, les Turcs refusent maintenant de placer leurs troupes sous commandement américain, exigent dix milliards de dollars des Etats-Unis pour compenser les pertes économiques que ce conflit leur occasionnerait et vont même jusqu’à murmurer qu’ils ne pourront rien décider tant que l’Onu n’aura pas donné son feu vert à la guerre. Les Turcs, en fait, jouent la montre car ils craignent que leur soutien aux Américains ne les précipite dans une aventure dont ils ne voient pas la fin. Washington doit négocier avec Ankara. La Turquie devrait finir par céder mais chaque jour compte et le Pentagone en est à envisager des plans de substitution qui ne faciliteraient pas son offensive. Deuxième problème, le Conseil de sécurité. Aux termes de la résolution 1441, les inspecteurs y font rapport tous les quinze jours. Le prochain rendez-vous est donc pour le 28 février, bien tard pour le calendrier américain, d’autant plus tard qu’il est improbable que les chefs des missions d’inspection déclarent ce jour là que leur travail ne peut plus donner de résultats. L’échéance suivante sera pour le 14 mars. Les Américains ne peuvent pas attendre jusque là sans même avoir de certitude, au contraire, que les inspecteurs déclareraient alors forfait mais que faire ? La Maison-Blanche a la solution. Son porte-parole l’a confirmé hier. Les américains présenteront sous peu un nouveau projet de résolution posant un ultimatum à l’Irak. Georges Bush va bientôt jouer son va-tout, placer dos au mur les petits pays du Conseil, leur mettre le couteau sur la gorge dans l’espoir que le ralliement de l’un entraînera celui des autres et que la majorité basculera. Cela peut marcher. Cela peut aussi échouer car les Américains devront bousculer le calendrier du Conseil, contourner les inspecteurs, forcer le passage, alors que l’opinion mondiale est contre eux et qu’ils sont aujourd’hui très minoritaires au Conseil, un tiers seulement des voix. En si peu de temps, il n’est nullement certain que les Etats-Unis arrivent à remonter la pente. Ils risquent d’avoir à déclarer unilatéralement la guerre – le cauchemar de Tony Blair auquel le soutien du Parlement serait alors tout, sauf acquis.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.