Des trois, Gerhard Schröder, l’Allemand, est le seul fédéraliste. Les deux autres, aussi bien Tony Blair que Jacques Chirac, ne croient qu’en l’Europe des nations, aux Etats et aux accords entre gouvernements mais cette idée d’un vice-président de la Commission chargé des affaires économiques sur laquelle ils se sont tous mis d’accord, hier, à Berlin, n’en ferait pas moins marcher l’Union vers un gouvernement commun, autrement dit vers le fédéralisme. Ce n’est pas là leur objectif, pas même celui de Gerhard Schröder. L’un Tony Blair, a surtout en tête de promouvoir ses thèses libérales et d’instituer une sorte de cabinet restreint au sein de la future Commission qui aura bien du mal, c’est vrai, à fonctionner avec ses vingt-cinq membres, un par Etat. Jacques Chirac se dit, lui, que sa tâche serait sûrement facilitée s’il pouvait, demain, s’appuyer sur une unanimité européenne pour faire passer les réformes de la sécurité sociale qu’il aura bientôt à proposer aux Français. Gerhard Schröder, enfin, d’accord en cela avec les deux premiers, pense surtout à la nécessité de muscler l’industrie européenne, son obsession, en définissant des investissements prioritaires et favorisant l’émergence, dans tous les domaines, de géants européens, comme cela s’est fait pour l’aéronautique, avec Airbus. Pour aucun des dirigeants des trois plus grandes puissances européennes, la motivation première n’est, autrement dit, de créer un gouvernement économique de l’Union mais le fait est, pourtant, qu’ils viennent d’en jeter les bases. Car enfin si leur proposition est adoptée par les vingt-deux autres pays membres, ce vice-président de la Commission en charge de l’économie aura bien à recommander, puis élaborer, des politiques communes en matière d’emploi, de politique industrielle et de protection sociale, à devenir l’interlocuteur naturel du Président de la Banque centrale, à coordonner les positions européennes au sein des grands organismes financiers internationaux, à piloter les négociations commerciales et à parler d’égal à égal avec les ministres des Finances des autres grands Etats et des Etats-Unis au premier chef. Ce super-commissaire deviendrait, en un mot, le ministre européen de l’économie et, dans la mesure où l’Europe devrait bientôt avoir aussi un ministre des Affaires étrangères, les deux premiers postes d’un gouvernement européen semblent maintenant en voie de création. L’Europe est en crise. L’Europe est en panne. L’Europe se déchire et se dispute sur tout, sur ses relations avec les Etats-Unis, sur son projet de Constitution et sur son Pacte de stabilité, mais non seulement la FrancAllemagne et la Grande-Bretagne parviennent à se faire ensemble force d’entraînement de l’Union, à privilégier ce qui les rapproche sur ce qui les sépare, mais un fédéraliste et deux intergouvernementalistes viennent, pragmatiquement, de mettre le doigt dans l’engrenage d’un exécutif européen. Hier, à Berlin, une dynamique s’est créée qui pourrait bien faire faire un bond spectaculaire à l’Europe car on ne peut pas chercher des solutions européennes aux problèmes européens, intégrer la réalité, sans aller vers toujours plus d’intégration.

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