On ignore sa nationalité. On ne connaît pas son nom mais c’est il y a plus d’un an déjà, en 2006, qu’un informateur a contacté les services secrets allemands pour leur proposer, à l’achat, un CD-ROM contenant des renseignements bancaires sur près de 800 citoyens de la République fédérale détenant des comptes secrets au Liechtenstein. Le prix à payer était de 5 millions d’euros. C’était une somme mais deux raisons ont poussé le ministre des Finances de la coalition gauche droite, le social-démocrate Peer Steinbrück, à en autoriser le versement, avec l’accord de la chancellerie. La première est que les dissimulations révélées par cet informateur portaient sur quelques quatre milliards d’euros et pouvaient donc rapporter plusieurs centaines de millions au fisc. Le Trésor public n’y perdait pas, bien au contraire et c’était l’occasion aussi, et même surtout, de poser publiquement le problème, preuves en main, des paradis fiscaux et de leur secret bancaire, de ces micro Etats qui vivent, sur les cinq continents, des capitaux qu’ils attirent en les mettant à l’abri de l’impôt. Principauté de 157 km2 située entre la Suisse et l’Autriche, le Liechtenstein est l’un des plus appréciés d’entre eux, propreté reluisante, décor d’opérette, propriété privée, pour une large part, de la famille princière et refuge préféré – c’est tout près, on y parle allemand – des fortunes de la République fédérale qui voudraient moins payer au percepteur. Il y avait longtemps que la Principauté était dans le collimateur de Berlin et, cerise sur le gâteau, la LGT, la banque concernée par ces révélations, appartient à la famille princière. Jeudi dernier, l’un des hommes les plus connus d’Allemagne, Klaus Zumwinkel, l’homme qui a privatisé la poste allemande avant d’en faire une entreprise immensément prospère, a été la première personnalité emportée par ce scandale. Des centaines de perquisitions s’annoncent. La presse ne parle plus que de cela et l’affaire pourrait avoir de profondes conséquences politiques. L’Allemagne glisse à gauche depuis plusieurs mois. Les sondages le disent et les dernières élections régionales, le 27 janvier, dans deux des länder, ont non seulement marqué un essoufflement de la démocratie chrétienne et une remontée des sociaux-démocrates mais une percée aussi d’un nouveau parti, Die Linke, La Gauche, dont le nom dit tout. L’atmosphère est à gauche car si la réduction de la protection sociale, applaudie par les marchés, a donné un coup de fouet à l’économie, elle est mal acceptée par l’opinion, d’autant plus mal qu’en Allemagne comme partout les patrons affichent, sans plus de gêne qu’ailleurs, comme des dus, des salaires astronomiques ou, plutôt, obscènes. Le malaise est tel que les sociaux-démocrates appellent désormais à un plafonnement des revenus patronaux. Sensible à ce climat, la chancelière elle-même, une démocrate chrétienne, souhaiterait plus d’équilibre dans les sacrifices et ce scandale – des riches qui, en plus, ne paient pas leurs impôts – pourrait bien accentuer cette évolution. Puritaine, profondément attachée à l’économie sociale de marché, très peu libérale, l’Allemagne n’aime pas du tout ça.

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