Les faits, d’abord, rien que les faits tant ils sont parlants en eux-mêmes. Le gouvernement allemand a approuvé, hier, un projet de loi autorisant des nationalisations bancaires alors même que la chancelière de ce gouvernement de coalition, Angela Merkel, appartient à la démocratie chrétienne, à la droite et que l’Allemagne s’est unifiée grâce à l’écroulement du communisme dans sa partie orientale, à la victoire politique de l’Allemagne de l’Ouest qui s’était reconstruite, après guerre, grâce à l’économie sociale de marché, modèle fondé à la fois sur la propriété privée et la concertation sociale. Imposé par la déconfiture d’une de ses grandes banques qui menace, aujourd’hui, faillite, ce projet de loi constitue une complète révolution pour l’Allemagne mais que dire, alors, de ce que vient de déclarer Alan Greenspan au Financial Times, bible quotidienne des milieux financiers des cinq continents et organe international du libéralisme anglo-saxon ? « Il peut être nécessaire de nationaliser temporairement certaines banques afin de faciliter une restructuration rapide et ordonnée », a déclaré l’ancien président de la Federal Reserve, la Banque centrale des Etats-Unis. « Dans certains cas », ce peut-être « la solution la moins pire », a expliqué l’homme qui avait incarné le triomphe de la liberté des marchés, le recul de la régulation et l’ouverture illimitée des vannes du crédit aux institutions financières. Hier encore, après avoir signé, lundi, un plan de relance de 787 milliards de dollars qui redonne à la puissance publique américaine un rôle économique de premier plan, Barack Obama a annoncé 175 milliards d’aides supplémentaires de l’Etat au secteur immobilier – cent milliards pour les organismes de crédit et 75 pour les propriétaires menacés de saisies qui les mettent à la rue en faisant plonger encore le prix de la pierre. Des faits toujours, en France maintenant, l’homme qui avait mené sa campagne présidentielle en promettant une « rupture » libérale, ce même Nicolas Sarkozy qui avait inauguré son mandat en plafonnant les impôts des plus fortunés, a opéré un tête-à-queue qui vaut bien ceux de l’Allemagne et des Etats-Unis lorsqu’il a confirmé, hier soir, sa volonté d’imposer un partage des bénéfices en faveur des salariés, provoqué ainsi la colère du Medef et annoncé des baisses d’impôts pour les plus modestes et un développement de la protection et des aides sociales. A Berlin comme à Washington et Paris, partout en fait, la donne change, du tout au tout. Nous sommes entrés dans une période de transition. L’ère libérale s’achève sous nos yeux, en ce moment même. Plus personne n’oserait encore vanter l’infaillibilité des marchés ou dire que « l’Etat n’est pas la solution mais le problème ». L’Etat est redevenu la solution, la seule en l’occurrence, mais la profondeur de ce bouleversement dit l’immensité d’une crise qui vient d'atteindre, hier, l'Europe centrale et dont nul, absolument personne, ne connaît encore ni la durée ni les conséquences économiques, politiques et géopolitiques.

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