Il n’y a pas que pour les terroristes que la vie se complique. Depuis les attentats du 11 septembre, la photocopie des passeports est de règle à chaque frontière, des cameras enregistrent tout, partout, dans les aéroports, bien sûr, mais également sur les grandes artères, aux abords des bâtiments sensibles ou dans les grands hôtels qui photocopient, aussi, les pièces d’identité de leurs clients. Résultat, même les agents secrets laissent immanquablement des traces et les services israéliens en font aujourd’hui l’expérience. D’abord jugée naturelle, la mort, le 20 janvier dernier, dans un hôtel de Dubaï, de Mahmoud al Mabhouh, haut responsable du Hamas, leur est imputée, depuis hier, par les Emirats arabes unis parce que les caméras de ce palace ont filmé leurs hommes en train de repérer la chambre de leur victime, que les perruques et fausses barbes dont ils s’étaient affublés n’ont pas empêché de retrouver leurs passeports et que ces passeports européens, des faux, portaient les noms, usurpés, de citoyens israéliens possédant, la double nationalité britannique. Pour le mythique Mossad, le bilan est catastrophique : onze de ses agents sur la liste des personnes les plus recherchées d’Interpol, une tension diplomatique avec plusieurs pays européens, Grande-Bretagne en tête, le ridicule de ces images de faux joueurs de tennis empostichés circulant sur tous les écrans du monde et une presse israélienne déchaînée qui réclame des têtes. Face à cette tempête, le Mossad peut bien faire valoir – et c’est vrai – qu’il n’a en tout cas pas échoué à éliminer un homme spécialisé dans l’acheminement d’armes iraniennes vers la Bande de Gaza. Il peut dire, et le fait dire, qu’il vient de porter un nouveau coup à une organisation ennemie mais sa réputation d’infaillibilité n’en est pas moins ébranlée par l’amateurisme de cette opération qui rappelle, en bien plus humiliant, les fiascos comparables de juillet 1973 en Norvège ; d’avril 1991 à Chypre ; de septembre 1997 en Jordanie ; de février 1998 en Suisse ; de novembre 1998 à Chypre encore et de mars 2004 en Nouvelle Zélande. Non seulement les services israéliens ne sont pas infaillibles mais ils ne peuvent plus sous-estimer les services arabes et cette évidence est d’autant plus inquiétante pour Israël que son armée s’avère, parallèlement, moins invincible que dans ses premières décennies, pervertie par un travail de police dans les Territoires occupés, fuie par une part croissante de la jeunesse israélienne et bien peu performante, surtout, dans les derniers conflits dans lesquels elle a été engagée, ceux du sud Liban et de Gaza. C’est la première leçon de cette affaire et la seconde et que le degré de pénétration des organisations palestiniennes par les services israéliens est, lui, plus élevé que jamais. Bien que tout ne soit pas encore établi, il semble clair que le Mossad s'est appuyé, dans cette opération, sur d’anciens hommes des services de sécurité du Fatah qui, retournés par les Israéliens, se seraient infiltrés dans le Hamas pour piéger Mahmoud al Mabhouh dans ce palace de Dubaï.

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