Les Etats-Unis exigent de l'Europe qu'elle durcisse sa position sur les missiles iraniens

C’est à ses yeux le pire des accords jamais signés par les Etats-Unis. Donald Trump entend donc le remettre en question ou l’amender au moins et c’est ainsi qu’il vient de proposer un marché aux Européens. 

         Ou bien, leur a-t-il dit, vous faîtes front avec moi pour obtenir de l’Iran qu’il mette fin au développement de ses missiles à longue portée ou bien je dénoncerai dès le mois de mai l’ensemble du compromis nucléaire passé avec Téhéran. 

Rendu public, hier, par l’agence Reuters, ce mémorandum va considérablement embarrasser ses destinataires, les Français, les Britanniques et les Allemands, qui considèrent eux aussi, tout comme Donald Trump, que les missiles iraniens contribuent à la déstabilisation du Proche-Orient mais ne souhaitent pour autant pas mettre en question le compromis sur le nucléaire auquel il avait fallu des années pour parvenir. 

         Si cet accord était dénoncé, on en reviendrait à l’alternative dont il avait permis de sortir. Il faudrait aller bombarder les sites nucléaires iraniens ou se résigner à ce que l’Iran se dote de la bombe, à ce que l’Arabie saoudite et la Turquie lui emboîtent le pas et à ce que la poudrière proche-orientale compte ainsi quatre  puissances nucléaires, Israël compris. 

         Ce serait pure folie. Ce serait une bien incertaine aventure militaire ou l’enterrement définitif de la non-prolifération nucléaire. Il faut à tout prix préserver l’accord passé avec Téhéran mais il n’en est pas moins vrai que, compromis nucléaire ou pas, la projection politico-militaire de l’Iran jusqu’aux frontières mêmes d’Israël et de l’Arabie saoudite déstabilise tout le Proche-Orient. 

         C’est si vrai que les pays sunnites, Arabie saoudite en tête, s’en sont aujourd’hui rapprochés d’Israël. Washington, Riyad et Jérusalem, un front commun s’est maintenant formé contre Téhéran et la tension monte si vite entre les Israéliens et les Iraniens que Benjamin Netanyahou a menacé hier Téhéran de représailles directes si la pression s’accentuait aux frontières libanaises et syriennes d’Israël. 

          L’internationalisation du conflit syrien devient toujours plus réelle et les Européens risquent maintenant, dos au mur, d’avoir à choisir entre trois options également difficiles. La première serait de tenter d’obtenir des Iraniens des concessions sur leur programme de missiles, comme la France leur en demande depuis plusieurs semaines. La deuxième serait de rompre avec les Etats-Unis en s’en tenant, missiles ou pas, au compromis nucléaire qu’ils avaient initié. Quant à la troisième option, elle serait de se ranger, au bout du compte, aux côtés des Etats-Unis, des sunnites et d’Israël en considérant, comme eux, qu’on ne peut pas laisser les Iraniens faire ce qu’ils entendent au Proche-Orient.    

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