Sept députés ont démissionné lundi du parti travailliste au Royaume Uni, citant sa position sur le Brexit, mais aussi ses ambiguïtés sur l’antisémitisme. Une crise qui a une singulière résonance avec les débats français.

Luciana Berger, députée de Liverpool, a annoncé hier sa démission du Parti travailliste, qu’elle considère comme « institutionnellement antisémite ».
Luciana Berger, députée de Liverpool, a annoncé hier sa démission du Parti travailliste, qu’elle considère comme « institutionnellement antisémite ». © AFP / Daniel LEAL-OLIVAS / AFP

Cette crise du parti travailliste a une singulière résonance avec les débats actuels en France. Hier, sept députés ont claqué la porte du Labour au Royaume Uni, mettant en avant deux raisons pour leur geste : la position équivoque de leur parti sur le Brexit, mais aussi sa complaisance vis-à-vis de l’antisémitisme.

Ça fait deux ans que le principal parti d’opposition est secoué par cette question de l’antisémitisme ; au point que Luciana Berger, l’une des élues démissionnaires, elle-même juive, a déclaré qu’elle ne pouvait plus rester dans un parti qu’elle considère désormais comme "institutionnellement antisémite". Luciana Berger a été victime de harcèlement en ligne et physique, au point d’avoir eu recours à des gardes du corps au congrès de son propre parti.

L’attaque vise évidemment le leader du parti, Jeremy Corbyn, issu de l’aile gauche, connu pour ses sympathies internationales radicales, en Amérique latine ou au Moyen-Orient. Corbyn s’est lui-même trouvé à plusieurs reprises au centre de vives polémiques.

Comme la France, le Royaume-Uni enregistre une hausse des actes antisémites déclarés, + 17% l’an dernier, loin toutefois derrière le chiffre récemment communiqué sur la France, + 74%. Mais les trois quarts des Juifs britanniques considèrent l’antisémitisme dans leur pays comme un problème sérieux ou très sérieux, contre moins de la moitié cinq ans auparavant.

Et comme en France, une partie de la gauche a un problème avec l’antisémitisme, refusant de le voir ou de le nommer, brouillant la frontière pourtant bien réelle entre le droit à critiquer la politique israélienne et les codes d’un antisémitisme classique.

À la dernière conférence travailliste, Corbyn a reconnu que ces polémiques avaient causé « une blessure et une angoisse considérable à la communauté juive, et provoqué un grand désarroi au sein du parti travailliste ». Et il avait promis de se battre pour l’éradiquer. Le départ des députés hier montre qu’il n’a pas convaincu : la blessure reste ouverte.

Cette crise, la plus grave depuis les années 80 au sein du parti travailliste, survient évidemment en plein compte à rebours pour le Brexit, dans à peine plus d’un mois, le 29 mars, sans qu’aucun accord n’ait encore été trouvé.

L’opposition aurait dû logiquement profiter de l’état catastrophique du parti conservateur au pouvoir, qui étale ses divisions, vote contre la Première ministre issue de ses rangs. Mais les travaillistes sont tout aussi divisés sur le Brexit, c’est l’autre grande raison du départ des sept députés, tous pro-européens.

Crise politique autour du Brexit, crise des valeurs autour de l’antisémitisme : le départ des élus met le débat sur la place publique, sans certitude d’être entendus. 

Le Royaume-Uni, tout comme la France, fait face au doute politique et moral ; deux crises dans des contextes bien différents, mais qui ont de troublants effets de miroir.

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