Selon l’ONU, quelque 900 000 personnes fuient l’offensive de l’armée de Bachar el-Assad, soutenue par l’aviation russe, dans la province d’Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie, plus grande crise humanitaire de ce début de XXI° siècle.

Un enfant dans le camp de personnes déplacées de Samada, dans le nord de la province syrienne d’Idlib, lundi 17 février 2020.
Un enfant dans le camp de personnes déplacées de Samada, dans le nord de la province syrienne d’Idlib, lundi 17 février 2020. © AFP / Rami al SAYED / AFP

Aucun mot n’est assez fort pour décrire la tragédie qui se déroule en ce moment-même dans la province syrienne d’Idlib. Et c’est surtout parce qu’il n’y a personne pour écouter, personne pour réagir et, simplement, agir.

Selon les Nations Unies, quelque 900.000 personnes, dont une importante proportion d’enfants, sont en mouvement au cœur de l’hiver syrien, fuyant une offensive de l’armée de Bachar el-Assad appuyée par l’aviation russe. Elles fuient les bombardements aériens et les tirs d’artillerie, mais ne peuvent aller nulle part, car leur seul horizon est la frontière turque fermée.

Piégés, ces centaines de milliers de civils sont coincés sur les routes ou rejoignent des camps de fortune dans les montagnes, dans l’espoir de recevoir de l’aide. L’ONU évoquait hier le cas d’une fillette morte de froid dans les bras de son père en arrivant dans un camp, tandis que le Dr Raphaël Pitti, un médecin humanitaire français en contact avec des équipes sur place, dénonçait lundi le bombardement, délibéré selon lui, d’une maternité. Pour le Dr Pitti, ce sont des crimes de guerre.

L’ONU parle de la pire crise humanitaire de ce nouveau siècle, qui ressemble décidément beaucoup au précédent. Et Michelle Bachelet, la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, ancienne Présidente chilienne, a lancé hier un appel pressant à la création de « couloirs humanitaires » pour venir en aide aux populations prises en étau. 

Mais l’ONU ou sa Commissaire aux droits de l’homme n’ont strictement aucun moyen de se faire entendre. L’ONU, on le sait bien, n’est que l’addition de la volonté de ses membres, et ceux-ci sont profondément divisés, réduisant l’organisation à l’état d’impuissance.

Soutenu par Vladimir Poutine, Bachar el-Assad, quant à lui, est apparu à la télévision pour proclamer sa volonté de conquérir Idlib, la dernière région qui lui échappe, « indépendamment, a-t-il dit, des discours criards qui viennent du nord » ; visant ainsi la Turquie, voisine et rivale.

Idlib n’est que l’épilogue, sans doute provisoire, de neuf années de guerre en Syrie, débutées dans l’optimisme des Printemps arabes, et qui se sont transformés en boucherie aux acteurs multiples.

Neuf années, aussi, au cours desquelles le concept de communauté internationale s’est évaporé. Nul n’a oublié le renoncement de Barack Obama à faire respecter sa propre « ligne rouge » sur les armes chimiques, ou l’entrée en scène de Poutine, profitant du vide stratégique.

Il y avait déjà en Syrie sept millions de personnes déplacées à l’intérieur des frontières, cinq millions de réfugiés à l’extérieur ; il faudra donc y ajouter les 3,5 millions d’habitants sinistrés d’Idlib.

Dans les années 90, le monde avait vibré pour Sarajevo, pleuré les morts du Rwanda, en se jurant « plus jamais ça ». Mais cette promesse, une fois, de plus, se heurte au cynisme des nations et à une époque indifférente. Idlib, symbole de notre échec collectif, un de plus.

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.