Il y a le bilan de cet attentat, mais ce n’est pas tout. Vingt-cinq morts, plus d’une centaine de blessés, c’est beaucoup, surtout à l’entrée même du quartier général américain à Bagdad. Cela signifie que l’arrestation de Saddam Hussein n’a en rien diminué l’insécurité qui règne en Irak mais, pour Georges Bush, le pire n’est pas là. Pour lui, le pire est, d’abord, que cet attentat soit intervenu deux jours exactement avant qu’il ne prononce, demain, l’annuel discours sur l’état de l’Union. Le candidat Bush devait profiter de ce rituel pour vanter les acquis de sa présidence et lancer sa campagne. Il saura, malgré tout, le faire mais, non seulement il aura plus de mal que prévu à dire que la stabilisation de l’Irak est en bonne voie mais, le jour même où explosait cette voiture piégée, CBS et le New York Times publiaient un sondage étonnamment mauvais pour lui. Si l’élection présidentielle avait lieu demain, Georges Bush ne serait pas sûr d’être reconduit. Seuls 43% des Américains voteraient pour lui contre 45% pour le candidat démocrate alors même que ce candidat n’est pas encore désigné et que la bataille entre les huit prétendants à l’investiture ne fait que commencer, ce lundi, dans l’Iowa. C’est juste, très juste, d’autant plus préoccupant pour Georges Bush que, si les Américains sont partagés sur l’Irak, ils jugent à une nette majorité, 51% contre 44%, que sa politique économique, le terrain sur lequel il se croyait le plus sûr, n’est pas satisfaisante. Cet attentat ne pouvait pas se produire à un plus mauvais moment pour le Président candidat mais ce n’est pas tout. Au même moment, la situation se complique sérieusement en Irak car les chiites, la première des trois communautés du pays, haussent le ton contre les Etats-Unis. Leur chef de file, l’ayatollah Sistani, exige que l’Assemblée nationale provisoire que les Américains veulent mettre en place d’ici la fin février soit non pas désignée, comme prévu, mais bel et bien élue, au suffrage universel. Ce n’est pas une requête. C’est un ultimatum, appuyé par des menaces de manifestations et de grèves, et les Américains ont beau expliquer, le plus courtoisement du monde, que rien ne permettrait, aujourd’hui, d’organiser des élections en Irak, qu’il faut procéder par étapes, l’ayatollah n’en démord pas. Il lui faut des garanties, solides, car les chiites, 60% de la population irakienne, veulent faire jouer la loi de la majorité en leur faveur et craignent qu’une Assemblée désignée sous contrôle des Etats-Unis ne relativise leur influence. Après dix mois d’une grande modération, les chiites somment en fait les Américains de choisir, de s’appuyer sur eux au risque de favoriser l’instauration d’un régime religieux ou de les dresser contre eux, au risque de perdre le contrôle de l’Irak. Ce choix est si difficile pour la Maison-Blanche qu’elle s’était résolue à demander, aujourd’hui, au secrétaire-général des Nations-Unies la médiation de l’Onu et son retour en Irak. Avant même l’attentat d’hier, Kofi Anan n’était pas chaud. Il y a peu de raisons qu’il y mette moins de conditions aujourd’hui.

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