Il y a, soudain, quelque chose de neuf dans les déclarations américaines. Ce n’est pas encore l’annonce d’un nouveau cours mais lorsque Condoleezza Rice déclare, hier, devant le Sénat qui doit confirmer sa nomination au poste de Secrétaire d’Etat que « le temps de la diplomatie est venu », ces mots ont un sens. Ils signifient que le temps n’était pas jusqu’à présent à la diplomatie, qu’un changement s’impose dans la posture internationale des Etats-Unis et ce pilier de l’équipe Bush, ce si proche conseiller du président américain auprès duquel elle vient de passer quatre ans à la Maison-Blanche, ne s’est d’ailleurs pas contenté de cette phrase. « Des alliances et des institutions multilatérales peuvent multiplier la force des pays qui aiment la liberté », a-t-elle ajouté, précisant que « l’Otan, l’Union européenne et nos alliés démocrates dans le monde seraient des partenaires » qu’il s’agira de « rassembler autour de l’établissement d’un système international fondé sur nos valeurs communes ». Là encore les mots comptent. « Institutions multilatérales », « partenariat », « rassemblement », « système international » - même en anglais, ces mots-là sonnent étrangement français et on ne les avait plus guère entendus à Washington depuis janvier 2001. Leur réapparition dans les discours officiels est d’autant plus frappante que Georges Bush lui-même a enfoncé le clou. « Les responsables de la propagande, a-t-il déclaré dans une interview à CNN en parlant de la propagande hostile aux Etats-Unis, ont fait un meilleur travail que le nôtre en décrivant l’Amérique comme un pays haineux, voulant imposer son modèle et sa religion ». « Nous sommes en retrait lorsqu’il s’agit de promouvoir notre propre Histoire et de dire la vérité sur l’Amérique », a-t-il poursuivi en expliquant, deux jours avant sa prestation de serment, que « Condi » (Mme Rice) allait « travailler dur pour renforcer nos efforts diplomatiques compliqués par les difficiles décisions que j’ai prises ». Lesquelles ? « L’une d’entre elles était de toute évidence d’attaquer l’Irak », répond Georges Bush en exprimant la conviction que « les gens commenceront à percevoir la sagesse de cette politique lorsque l’Irak sera un pays libre ». Peut-être. En employant le futur, le Président américain reconnaît que, pour l’heure, cette sagesse n’est pas perçue et qu’il y a là un problème pour les Etats-Unis auquel ils se doivent de faire face. Tant mieux. Le mal étant fait, c’est ce qu’on pouvait souhaiter de mieux car, si tardive soit-elle, cette prise de conscience met l’Europe en situation d’entamer un dialogue politique avec les Etats-Unis et qu’elle aurait, justement, des propositions à leur faire. Unanime à considérer que l’apaisement de la tension internationale passe par le règlement du conflit israélo-palestinien, l’Union peut et devrait désormais proposer à l’Amérique un engagement commun dans la réaffirmation des objectifs de ce règlement, du but à atteindre qui doit être clair si l’on veut éviter que la paix ne s’enlise dans ses étapes. C’est une absolue priorité et l’Europe doit le dire à cette Amérique dont les interrogations s’entendent aujourd’hui.

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