Que faire ? Comment donner à l’Europe les nouvelles institutions qu’impose son élargissement alors que deux de ses membres et non des moindres, la France et les Pays-Bas, ont clairement rejeté le compromis constitutionnel auquel il avait fallu tant d’efforts pour parvenir ? La question est fondamentale mais, à cette question, les Européens n’ont pas de réponse ou, plutôt, en ont trop, quatre au moins, mises en lumière, hier, par les visites de Dominique de Villepin à Berlin et du chancelier autrichien au Parlement de Strasbourg où il était reçu en tant que Président de l’Union pour ce premier semestre 2006. Une majorité de gouvernements et de députés européens, le premier camp, estime que le projet de Constitution ayant été ratifié par quatorze des pays membres et par le Parlement européen, le processus de ratification doit se poursuivre. C’est, notamment, la position de l’Allemagne et ce premier groupe estime, en fait, que les « non » néerlandais et français ont, avant tout, tenu à des problèmes conjoncturels de politique intérieure et à des difficultés économiques maintenant en voie d’atténuation sur le continent, qu’il faut laisser du temps au temps, les élections passer et qu’un consensus se retrouvera, après 2007. A l’inverse, un deuxième groupe dont l’avocat le plus notable est le ministre néerlandais des Affaires étrangères, fait valoir qu’un « non » est un « non » et que le projet de Constitution est donc mort. Derrière cette position se retrouvent des courants divers, non seulement l’extrême gauche, l’extrême droite, les europhobes et une partie des socialistes français, mais aussi le Président tchèque qui juge ce texte trop socialisant et le nouveau gouvernement polonais aux yeux duquel il empiète trop sur les souverainetés nationales. Un troisième camp, extrêmement composite aussi et dans lequel figure, entre autres, Nicolas Sarkozy, flirte avec l’idée de retirer du projet les traités en vigueur, ceux qui avaient le plus prêté à polémique, et de faire adopter par les Parlements – certains disent à une seule et même date – la seule première partie du projet, les changements institutionnels qui sont peu contestés. Et puis enfin, une nouvelle fois défendue, hier, à Berlin par Dominique de Villepin, il y a la position française. Elle consisterait à oublier la Constitution puisque les Français l’ont rejetée, à adopter les changements institutionnels qu’autorisent les traités existants et à faire surtout vivre l’Europe en réunissant, autour de projets concrets, des groupes d’Etats, les « groupes pionniers », décidés à aller de l’avant dans un domaine ou l’autre en attendant que le reste de l’Union suive. Cette position aurait l’avantage de ne pas laisser s’installer la panne actuelle et de remobiliser l’Europe en redonnant des objectifs à l’Union mais, outre que tous ceux qui se contenteraient bien d’un grand marché y sont hostiles, la France n’est pas la mieux placée pour la défendre alors qu’elle a rejeté le projet constitutionnel qu’elle avait porté, qu’on se bat aux plus hauts niveaux de son Etat et que nul ne sait qui la dirigera en 2007.

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