C’est une phrase du Tigre de Clemenceau, qu’Israël devrait méditer aujourd’hui. « On peut tout faire avec une baïonnette, disait le père de la victoire de 14-18, sauf s’asseoir dessus ». Vainqueur de la bataille de Gaza, Israël doit maintenant gagner la paix sous peine que, bientôt, cette victoire ne se transforme en défaite. Par cette opération, Israël entendait casser les infrastructures du Hamas, du Mouvement de la résistance islamique, branche palestinienne des Frères musulmans. Il voulait réduire, au moins, ses capacités de frapper son territoire avec des tirs d’une portée toujours croissante. Il voulait, surtout, qu’il soit clair que tout départ d’obus entraînerait, désormais, une riposte immédiate sur son site même et que l’installation des lanceurs dans des zones habitées n’assurait, donc, plus la protection de leurs serveurs. C’était les objectifs déclarés de ces trois semaines d’épouvantable bataille et non seulement ils ont été remplis mais le Hamas a éprouvé, là, son isolement international. L’Egypte ne s’est pas privé de lui rappeler que « lorsqu’on ne peut pas tuer le lion, on ne va pas lui tirer la queue ». Comme la quasi-totalité des capitales arabes, Le Caire n’a pas souhaité que le Hamas sorte victorieux de cet affrontement car aucun des régimes sunnites n’aurait eu intérêt au succès d’un mouvement islamiste soutenu par l’Iran chiite et le Hamas ne peut, enfin, guère tabler sur la profondeur de la solidarité que ces bombardements lui ont valu, à Gaza, en Cisjordanie et dans l’ensemble des populations arabes. Quand sera venu le temps du bilan, les Palestiniens ne pourront pas ne pas voir que le Hamas ne les a précipités dans l’enfer que pour accepter, au bout du compte, d’en revenir à une trêve qu’il avait refusé de reconduire sans avoir les moyens de ce défi. Dans l’impasse, le Hamas n’a fait qu’aller à la bataille pour tenter de refaire l’unité autour de lui et sans prévoir la violence de la réaction israélienne. Il aura du mal à défendre cela. A terme, sa position n’en sera pas renforcée et, militairement parlant, les Israéliens ont ainsi gagné sur tous les fronts. Israël a gagné la guerre mais, après ces semaines de sang, Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, aura bien du mal à reprendre les négociations de paix comme s’il ne s’était rien passé. L’interlocuteur des Israéliens est tout autant affaibli que le Hamas. Non seulement Israël n’a plus personne avec qui négocier, non seulement la haine qu’il suscite dans le monde arabe est à son comble, mais cet Etat qui ne pourrait pas longtemps survivre sans le soutien des Occidentaux vient de s’aliéner l’opinion internationale, jusqu’en Europe et même aux Etats-Unis où la presse a réprouvé ces bombardements. Pour que cette victoire lui apporte autre chose qu’un répit, Israël doit, aujourd’hui, gagner la paix. Le seul moyen d’y parvenir serait qu’il fasse, de lui-même, le geste qui changerait tout, qu’il utilise ce rapport de force pour accepter, sans plus hésiter, la création d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967. Si Israël ne sait pas le faire, c’est au Conseil de sécurité de l’imposer, de délimiter des frontières et de s’interposer, avant que la furie ne l’emporte.

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