Cela s’appelle un démonstration de force et les taliban l’ont réussie. A 9h50, hier matin, en plein cœur de la capitale afghane, un kamikaze se fait exploser devant la Banque centrale, à deux pas du palais présidentiel. Dans les minutes qui suivent, dans le même quartier, périmètre le plus protégé de tout le pays, des taliban miliciens et deux ou trois autres kamikazes s’emparent d’un centre commercial surplombant le palais présidentiel, s’en prennent à d’autres bâtiments officiels et au Serena, l’hôtel cinq étoiles des visiteurs de marque. C’est un piège. Alors que les forces de sécurité encerclent le centre commercial, une ambulance s’approche, comme tant d’autres, mais conduite par un attaquant qui se fait exploser à son tour, avec son véhicule.Traque, prise d’otages, odeur de poudre sur une large partie de la ville, les combats dureront jusqu’à 15h, plus de cinq heures de bataille rangée en plein Kaboul. Menée de main de maître, l’opération a été, qui plus est, minutée pour débuter au moment même où les quatorze ministres dont le Parlement avait fini par approuver, samedi, la nomination s’apprêtaient à prêter serment. Avec onze autres ministres sur le choix desquels le président et les élus ont encore à trouver un accord, cette cérémonie n’installait pas un gouvernement. Elle ne marquait qu’une trêve entre l’exécutif et le législatif mais, là dans le fracas des explosions, elle a tournée à l’humiliation du pouvoir, giflé jusque dans ses quartiers. Le coup est indiscutablement rude, d’autant mieux pensé que c’est dans huit jours exactement que s’ouvre, à Londres, la conférence internationale au cours de laquelle les pays européens devraient apporter leur appui à la nouvelle stratégie afghane des Etats-Unis et annoncer, peut-être, l’envoi de renforts. Cibles et moment, les taliban n’ont pas frappé au hasard mais, d’un autre côté, ce n’est pas la première fois qu’ils opèrent à Kaboul. C’est la septième en un an. Les forces afghanes ont plutôt mieux réagi que les fois précédentes, plus vite, plus efficacement, moins surprises peut-être. C’est un coup d’éclat mais qui ne change pas fondamentalement les termes du débat entre ceux, en Europe et aux Etats-Unis, qui voudraient arrêter cette guerre au plus vite car ils la considèrent comme déjà perdue et ceux qui estiment que, si difficile et compromise qu’elle soit, on ne peut pas laisser les taliban l’emporter en Afghanistan et déstabiliser plus encore le Pakistan. Ce qui changerait la donne d’un coup, ce serait une hécatombe parmi les soldats de l’Otan, des attentats du genre de ceux que les services syriens avaient réussis, dans les années 80, contre les forces américaines et françaises du Liban. Les Américains s’étaient, alors, précipitamment retirés de ce pays, obligeant les Français à les suivre mais, expérience aidant, ils ont appris à se protéger de ce type d’attaque, non pas impossibles mais improbables. Le débat afghan va se poursuivre, mais à bas bruit.

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