Ce n’aura pas été qu’un feu de paille. L’ampleur des protestations et manifestations suscitées par les fraudes commises lors des législatives du 4 décembre dernier modifient toute la donne politique en Russie.

Plus net signe de ce changement d’ère, Vladimir Poutine paraît avoir, lui-même, si bien compris que son pays ne voulait plus du monolithisme qu’il a changé de ton. On l’a ainsi entendu dire, à la télévision, lors de ses vœux de nouvel An, qu’il souhaitait bonheur et prospérité à tous ses compatriotes, « quelles que soient leurs orientations politiques, de droite ou de gauche ». Non seulement c’était reconnaître là que la société russe était pluraliste, non seulement la nouveauté était de taille car il avait toujours fait, jusque là, comme si la Russie entière était unie derrière lui, mais il a également estimé que les manifestations de rue d’avant Noël n’étaient que « l’inévitable coût de la démocratie » et n’avaient « rien d’inhabituel » car « tout le monde, a-t-il dit, est un peu ébranlé et mécontent ».

« Tout le monde » ? Même les figures de l’opposition ne seraient pas allées jusque là mais, si c’est Poutine qui le dit, ce doit être vrai et, jeudi dernier, la publication de son programme pour la présidentielle du 4 mars a réservé d’autres surprises. « Il faut renoncer à la tendance à une répression excessive », y écrivait-il avant d’ajouter que « beaucoup de choses » ne lui convenaient pas dans la Russie d’aujourd’hui, à commencer par « le niveau de pauvreté, l’ampleur de la corruption et l’inefficacité des fonctionnaires ».

Face à son impopularité croissante, Vladimir Poutine se fait le candidat de la rupture et il enfonçait le clou, lundi, dans une tribune publiée par les Izvestia en écrivant que « la stabilité – qui n’a rien à voir avec la stagnation, précisait-il – ne s’obtenait qu’en se montrant prêt à réformer en profondeur ». Comme s’il n’y avait plus d’autre moyen pour lui de l’emporter le 4 mars, il endosse les habits du réformateur, prône le changement dans la continuité et reprend à son compte le discours critique que tenait depuis quatre ans Dmitri Medvedev, l’homme qu’il avait placé au Kremlin en 2008 parce que la Constitution lui interdisait de briguer un troisième mandat consécutif.

Cet homme, il lui avait interdit, en septembre, de se représenter. Il l’avait écarté et humilié mais il réalise aujourd’hui que c’était lui, Dmitri Medvedev, qui avait eu raison, lui qui avait senti que la Russie s’éveillait et qu’on ne pouvait plus la gouverner comme un enfant élevé à la dure. Vladimir Poutine en est venu à la réalité mais il ne se passe plus de jour sans que la contestation ne s’organise, sans que des hommes du pouvoir ne s’en éloignent et sans que la peur ne tombe. Deux opposant déclarés, le milliardaire Mikhaïl Prokhorov, et l’économiste Grigori Iavlinski, le Mendès-France de la Russie, ont déposé hier les deux millions de signatures de soutien qui leur permettront de se présenter à la présidentielle. Le communiste Guennadi Ziouganov est également candidat.

Il n’est plus certain que Vladimir Poutine puisse se dire élu au premier tour et seule la fraude lui permettrait de se proclamer vainqueur au second. Ce n’est pas la révolution mais ce n’est plus le même pays.

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