Ca ne se fera pas. Des négociations entre l’opposition et le pouvoir syriens auraient dû s’ouvrir lundi prochain, à Genève, sous l’égide l’Onu. Cela semblait vissé puisque le Conseil sécurité s’était fixé cet objectif le mois dernier mais tout bloque si bien que cette date ne sera pas tenue.

Le premier problème est que le régime syrien et ses alliés russes et iraniens récusent la composition de la délégation de l’opposition parce qu’elle comprendrait, à leurs yeux, des terroristes et qu’ils voudraient y adjoindre des personnalités et mouvements dont ils sont moins éloignés. La deuxième difficulté est que l’opposition accepte mal l’idée d’ouvrir des pourparlers tant que les aviations russes et syriennes poursuivront leurs bombardements des populations civiles et que le siège des villes qu’elle contrôle et dont la population meurt littéralement de faim ne sera pas levé. Et puis, troisième problème, il n’y a pas d’accord sur le contenu de ces négociations.

C’est la plus grande des difficultés car le régime de Bachar al-Assad fait comme s’il s’agissait d’arriver à la constitution d’un gouvernement d’union nationale alors que l’opposition entend mettre en place, comme le prévoit la résolution du Conseil de sécurité, un pouvoir de transition dont Bachar al-Assad serait exclu ou dans lequel il n’exercerait plus, et provisoirement, que des fonctions de représentation.

Il est improbable que ces trois problèmes soient résolus d’ici lundi et les négociations syriennes sont donc remises à plus tard, sine die, ce qui signifie que ce processus de paix pourrait être mort-né pour deux raisons.

La première est que les tensions entre l’Arabie saoudite et l’Iran sont devenues telles que ces deux protagonistes essentiels de la crise syrienne ne sont aujourd’hui plus en situation de parvenir à un compromis. C’est à qui l’emportera et la seconde raison qui n’incite pas à l’optimisme est que l’Iran renouvelle son Parlement le 26 février.

La campagne bat son plein. Les conservateurs s’emploient à bloquer les candidatures des modérés et réformateurs partisans d’Hassan Rohani, le très pragmatique président qui a su obtenir la levée de sanctions internationales frappant son pays en concluant avec les grandes puissances un compromis sur la question nucléaire. Hassan Rohani n’a pas tous les pouvoirs. Il doit compter avec le Guide suprême, l’homme le plus puissant du régime, et avec les Gardiens de la révolution, surtout, qui sont très engagés dans le soutien à Bachar al-Assad et ne veulent pas entendre parler de l’ombre d’un compromis en Syrie.

Pour le président iranien, la priorité est de gagner ces élections. Il n’engagera pas de bras de fer sur la Syrie avec les conservateurs avant de voir leurs résultats et, même s’ils lui sont favorables, il lui faudra encore de longues semaines, jusqu’au printemps au moins, pour reprendre langue avec l’Arabie saoudite et bouger sur la Syrie. Il est à craindre que tout ne soit bloqué jusque-là mais le fait est, en même temps, que personne n’aurait intérêt à ce que ce conflit dure. L’actuel blocage ne sera pas éternel.

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