Le triangle trumpiste

Désormais explicite, Donald Trump a une vision du monde. La Chine est l’adversaire. Il convient de se rapprocher de la Russie et l’éclatement de l’Union européenne serait une bonne nouvelle. C’est clair, mais quelles sont les raisons de l’homme qui prend demain les commandes des Etats-Unis ?

La Russie d’abord. Donald Trump a besoin d’elle pour isoler la Chine sur la scène internationale. Il se contrefiche de la voir revenir au Proche-Orient puisqu’il n’a pas plus envie que Barack Obama hier d’aller s’embourber dans une région dont le pétrole n’est plus indispensable aux Américains. Il ne s’émeut guère, en troisième lieu, des ambitions impériales de Vladimir Poutine dans l’ancienne aire soviétique car le PIB russe est si faible que la Fédération de Russie n’est pas un rival économique pour les Etats-Unis et n’est pas près de le devenir alors que la Chine et l’Union européenne le sont.

Il y a ainsi une logique dans cette aspiration à une entente avec Vladimir Poutine mais le problème est qu’à jouer la Russie et proclamer « l’obsolescence » de l’Alliance atlantique, Donald Trump est en train de resserrer les rangs des Européens, de cette Union dont il disait lundi qu’il ne se « souciait pas vraiment de savoir si elle se séparera ou restera unie » car elle avait été « partiellement construite pour battre les Etats-Unis commercialement ».

Extrêmes droites exceptées, toute l’Union commence à voir que le parapluie américain n’est plus assuré et que Donald Trump n’a pas seulement déclaré la guerre commerciale au Mexique et à la Chine mais également à l’Europe. En Allemagne, l’industrie automobile monte au créneau car Donald Trump s’est directement attaquée à elle. La Pologne et les Etats baltes ressentent leurs premiers doutes sur la pérennité de la protection américaine face à la Russie. Paris et Berlin font front sur la constitution d’une Défense européenne. Il n’est plus impossible que l’Allemagne en vienne à accepter que les dépenses militaires soient décomptées des déficits budgétaires et que les critères de Maastricht en soient assouplis du même coup.

Rien n’est fait. Rien n’est joué mais, si l’Union sait relever le défi, Donald Trump pourrait bien involontairement devenir son refondateur et, plus involontairement encore, il pourrait même rapprocher la Chine et l’Union et dessiner ainsi - cette perspective n’a rien de rassurant – un nouveau jeu d’alliances de revers, Washington et Moscou, Bruxelles et Pékin.

Ce serait la fin du camp occidental, la fin d’un siècle d’histoire.

On n’y est pas, heureusement pas, mais Donald Trump pourrait y mener droit car sa priorité est que la Chine ne puisse n’y prendre le pas économique sur les Etats-Unis ni assurer son hégémonie politique sur l’Asie. C’est pour cela qu’il a déjà engagé un bras de fer avec Pékin sur la question de Taïwan mais que fera-t-il si les Chinois prennent, comme ils commencent à le dire, des « contre-mesures fortes » en étranglant l’économie taïwanaise ou en accroissant encore leur présence militaire en mer de Chine ? On ne sait pas, mais ce serait un moment de vérité à ne pas souhaiter.

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