Que restera-t-il du « trumpisme » sur la scène internationale ? Quelques intuitions, mais surtout un monde à reconstruire après les coups de butoir de ce président nationaliste sur le système multilatéral.

Donald Trump dans les jardins de la Maison Blanche, le 12 janvier 2021, huit jours avant son départ.
Donald Trump dans les jardins de la Maison Blanche, le 12 janvier 2021, huit jours avant son départ. © AFP / Drew Angerer / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Autant les États-Unis s’attendent à vivre longtemps avec l’héritage de Donald Trump, autant le reste du monde est impatient de tourner la page, et en fait, est déjà passé à autre chose.

Il suffit de voir comment certains des alliés de Donald Trump, comme Boris Johnson au Royaume Uni, ou les leaders populistes et d’extrême droite qui s’en réclamaient hier, font aujourd’hui comme s’ils ne le connaissaient pas… 

Que restera-t-il du « trumpisme » sur la scène internationale ? La réponse est complexe, car il faut distinguer entre les quelques succès diplomatiques de ces quatre années, comme les récents accords entre Israël et plusieurs pays arabes, et les changements de fond que l’administration Trump a tenté d’imposer par ses coups de butoir portés au multilatéralisme.

Il y a aussi ce que Trump n’a pas réussi, à commencer par la dénucléarisation de la Corée du nord, sans doute l’initiative la plus audacieuse de son mandat, avec ses deux sommets avec Kim Jong-un, ces échanges de « lettres d’amour », et au bout du compte, une Corée du nord toujours dotée de l’arme nucléaire, qui vient même de se payer le luxe d’un défilé militaire avec un nouveau modèle de missile en forme de défi.

L’impact de Donald Trump se fera sentir dans deux domaines distincts. D’abord la politique chinoise : il a eu l’intuition de la nécessité de durcir le ton vis-à-vis de la Chine, d’abord en raison de son impact sur les États-Unis : délocalisations, déficit commercial, piratage de technologies.

Barack Obama avait amorcé un tournant en fin de mandat, mais Donald Trump a fait de la Chine un axe majeur, d’abord avec sa guerre commerciale, puis en s’en prenant aux entreprises de technologie chinoises, et enfin en créant un climat de guerre froide autour de ce nouveau rival stratégique. Mais il l’a fait à la Trump, c’est-à-dire de manière unilatérale et incohérente. Au passage, il a suscité un rare consensus bipartisan à Washington, qui pèsera sur les choix de Joe Biden.

L’autre idée durable, c’est le lien entre la politique étrangère et la situation individuelle des Américains. Donald Trump s’est fait élire en comprenant que de nombreux Américains se vivaient en victimes de la mondialisation. Il n’a pas apporté de réponse réelle à cette question, mais elle est désormais un élément du débat politique, et, là encore, Joe Biden en tient compte.

Y avait-il une doctrine Trump en politique internationale ? Sa doctrine tenait en un slogan : « Make America Great Again ». Mais ce mot d’ordre nationaliste a été vécu dans le monde comme agressif de la part d’un homme imprévisible, qui voyait tout en termes de gagnant et de « loser ». 

Son incapacité à penser l’organisation d’un autre monde, au-delà des rapports de force bruts, aura été sa principale faiblesse ; c’est ce qui explique qu’il ne sera regretté que par une poignée de dirigeants autoritaires ou démagogues. 

Mais il laisse un monde profondément déstabilisé : son travail de sape d’un système multilatéral, certes imparfait, laisse aujourd’hui la place à un énorme chantier de reconstruction, rendu plus complexe encore par la pandémie. 

Oublier Trump ne sera pas difficile ; reconstruire avec des États-Unis affaiblis et divisés, et un monde chaotique, sera moins facile.

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