Aujourd'hui, premier épisode d'une série de quatre chroniques consacrées à la Turquie : pourquoi l'armée veut-elle renverser le président Erdogan ?

Après le coup d'Etat raté, les supporters d'Erdogan se sont rassemblés
Après le coup d'Etat raté, les supporters d'Erdogan se sont rassemblés © AFP / Ozan Kose

La réponse est simple : parce qu'elle le déteste ! Et ça ne date pas d'hier : Erdogan est le chef d'un parti islamo-démocrate, l'AKP, et la dernière fois que l'armée est intervenue en Turquie, c'était il y a vingt ans, en 1997, pour justement dissoudre un parti islamiste.

Donc depuis l'arrivée au pouvoir d'Erdogan, qui a remporté à la loyale toutes les élections depuis 2002, l'armée aimerait bien – mais ne peut point – le renverser, le pousser dans l'escalier, lui tirer dans le dos, bref s'en débarrasser. Parce que, et c'est important à comprendre : l'armée turque défend l'idée d'une république jacobine et laïque, serrée autour de son armée et d'un petit cercle de juges et de politiques. Pour ceux-là Erdogan, c'est le Diable ! La question est donc plutôt : pourquoi n'a-t-elle pas tenté de le renverser plus tôt ? D'abord, elle a essayé. Erdogan prétend avoir déjà déjoué plusieurs coups d'Etat.

Ensuite parce qu'il n'est interdit à l'adversaire islamo-démocrate d'être malin : en 1997, quand l'armée est intervenue pour dissoudre l'ancêtre de l'AKP actuel, les dirigeants – dont Erdogan – se sont dits : changeons de méthode. Plutôt que de prendre le pouvoir par le haut, prenons-le par le bas, c'est-à-dire par villes. Petit-à-petit, ils ont donc mis leurs hommes dans tous les rouages des administrations locales. Ce faisant, ils ont à la fois privé l'armée de relais dans tout le pays mais en plus, ils se sont créés une « armée » d'obligés et de serviteurs.

Enfin, en arrivant au pouvoir en 2002, les choses sérieuses ont commencé. Les choses sérieuses, ça veut dire la mise au pas de cette armée obèse et arrogante, qui – écoutez bien – décidait elle-même de son budget, de ses promotions. Elle ne rendait de compte à personne et encore moins à un Premier ministre islamo-ce-que-vous-voulez. Il a attendu le bon moment, Erdogan. Mais il a finalement mis la moitié des amiraux et un dixième des généraux en prison, accusés de sédition.

Est-ce uniquement parce qu'elle était maltraitée qu'elle a voulu renverser le pouvoir ? C'est difficile à croire... Ca l'est d'autant plus que ces derniers temps, Erdogan s'est rabiboché avec ses généraux : il en a fait libérer beaucoup, il en a promu pas mal et il a même dépensé sans compter pour la moderniser, cette armée. Sauf que faire libérer des gens qu'on a emprisonnés ne fait pas d'eux des amis fidèles et qu’en échange de ces largesses, l'armée a dû accepter de perdre une grande partie de son indépendance : désormais, son chef s'appelle Erdogan. Enfin, on lui a demandé, à cette armée, de reprendre sa guerre de 30 ans contre les Kurdes. Elle est épuisée. En plus, Erdogan l'a récemment humilié en excusant platement auprès de la Russie d'avoir abattu un Sukkhoi 24 en novembre dernier.

En clair, méprisée, soumise au sultan, et humiliée, une partie de cette armée s'est soulevée et comptant sur les Turcs pour rester chez eux. Mauvais calcul, elle s'est trompée de siècle : les Turcs sont descendus dans la rue et l'ont défait en 2 heures.

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