En Algérie, les supporters ont lancé la "révolution du sourire" dans les stades. En Egypte, les "ultras" ont été décisifs pendant le printemps arabes cairote.

Un supporter algérien pendant la demi-finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2019
Un supporter algérien pendant la demi-finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2019 © AFP / FADEL SENNA / AFP

Le foot et le monde arabe, c'est une histoire presque plus politique que sportive... Pour vous le montrer, je vais commencer par vous raconter une anecdote : vous avez tous entendu le cri du cœur des jeunes Algériens lorsque leur équipe joue : « one, two, three, viva l'Algérie ! » Eh bien, ce slogan a une longue histoire :

Une histoire qui date de la Guerre d'Algérie : en 1958, le FLN crée une proto-équipe nationale en demandant aux joueurs algériens de l'équipe de France de ne plus jouer pour les Bleus mais pour une équipe siglée FLN .

Pour les accompagner autour du monde, on demande aux supporters de crier en anglais : « we want to be free, viva l'Algérie », c'est-à-dire « nous voulons être libres, vive l'Algérie ». Sauf que, le niveau d'Anglais des fans algériens aidant, ce slogan est vite devenu « want to free, Viva l'Algérie »; puis celui qu'on connait, « one, two, three, viva l'Algérie ».

Les supporters algériens ne connaissent probablement pas cette histoire mais ils savent parfaitement – en Algérie en tout cas – combien foot et politique sont intimement liés. C'est cette jeunesse algérienne passionnée de foot qui a utilisé les stades de toute l'Algérie, dès cet hiver, pour protester contre le « système ».

Les supporters ont utilisé toutes les retransmissions télévisées de matchs de Coupe d'Algérie pour crier haut et fort, qu'il n'était pas question de laisser passer un cinquième mandat pour Abdelaziz Bouteflika.

Ils ont même donné une chanson à cette « révolution du sourire » ! « La Révolution du sourire », c'est le nom que s'est donné cette rébellion pacifique et joyeuse qui a envahi les rues d'Algérie et qui donc a commencé dans les stades de foot. Quant à la chanson, elle s'appelle La Casa de Mouradia, du nom du plais présidentiel algérien

Je vais vous traduire : « pour le 1er mandat, ils nous ont eu avec la réconciliation ; pour le second mandat, La Casa de Mouradia ; pour le 3ème, le pays a souffert de leurs intérêts personnels ; pour le 4ème, le pantin est mort et les problèmes sont restés ».

Tout le monde arabe qui mêle foot et politique...  

Et l'exemple le plus frappant, c'est bien sûr l'Egypte, pays de foot s'il en est et hôte de cette Coupe africaine des nations. En Egypte, les supporters « ultras » des grands clubs ont joué un rôle décisif pendant le « printemps arabe » caïrote.

Il faut comprendre que, contrairement aux « ultras » européens, ouvertement racistes, voire néo-fascistes, leurs homologues égyptiens sont progressistes, se battent pour la liberté des femmes et contre les bigots !

En 2011, les « ultras » de Al-Ahly et les « White Knights » de Zamalek ont observé une trêve historique pour se mêler aux manifestants de la place Tahrir face aux forces de l'ordre. Inutile de préciser que le régime de Al-Sissi les déteste et les surveille de près.

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.