Il y a quinze jours exactement l’Europe était en panne, échec et mat. Engluée dans la bataille entre fédéralistes et partisans de l’Europe des nations, divisée par l’affrontement entre petits et grands pays, la Convention ne savait pas accoucher d’institutions pour l’Europe élargie mais, trois jours plus tard, les vingt-cinq membres de l’Union parvenaient à un consensus, à une proposition de Constitution pour la nouvelle Europe. Malgré la profondeur de leurs divergences, les Européens n’ont pas voulu ne pas aller de l’avant. C’eut été régresser, condamner l’Europe à un surplace qui pouvait lui être fatal et, devant ce danger, personne n’a voulu prendre la responsabilité d’un échec, tout le monde y a mis du sien, l’obstacle a été surmonté. Cela prouvait la force du projet européen, son importance pour l’Europe et le monde, et le compromis auquel est arrivé la Convention est de surcroît bon. Un Président incarnera l’Europe sur la scène internationale, désigné pour deux ans et demi renouvelables, cinq ans en fait, par le Conseil européen, l’assemblée des chefs d’Etat et de gouvernements. Parallèlement, le Président de la Commission européenne, l’instance qui élabore les lois européennes et veille à leur application, sera désormais élu par le Parlement européen, par la majorité politique issue des élections européennes, du suffrage universel européen. Représentes par le Président du Conseil, les Etats resteront décisifs, parce qu’ils le demeurent, parce que c’est la réalité des choses et que les partisans de l’Europe des nations le voulaient mais, en même temps, le fédéralisme progresse, spectaculairement, puisque le gouvernement de l’Europe procédera maintenant de l’électorat pan-européen, de la démocratie européenne. Loin d’induire une paralysie, l’élargissement de l’Europe suscite un rebond, un renouveau, mais personne ne s’en réjouit vraiment. Ce n’est pas que quiconque le déplore mais au-delà des applaudissements obligés, c’est dans l’indifférence générale que ce tournant est accueilli. A l’approche du sommet de Salonique qui devrait entériner ce projet de Constitution, ce succès de l’Europe est un non-événement. On n’y croit en fait pas mais pourquoi ? Il y a deux raisons à cela. La première est qu’il n’y a pas encore de force politique européenne pour s’identifier au projet européen, le porter et dire ses promesses. A droite comme à gauche, les partis européens continuent à limiter leurs combats aux cadres nationaux, à ignorer l’espace dans lequel notre avenir se dessine et à tromper en cela leurs électeurs. Les partis sont coupables mais leur timidité, en même temps, tient à un vrai problème, la seconde raison de cette indifférence. L’Europe, forcément, se fait et s’affirme lentement, au rythme d’une lente convergence entre des Etats existants et jaloux de leur indépendance. A l’échelle de l’Histoire, l’Europe galope. A celle du Journal télévisé, elle est une tortue sous sa carapace, obstinée mais presque invisible. Il serait temps de lui prêter attention car, à l’arrivée, ce sont souvent les tortues qui gagnent.

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