Ce n’est pas un raz-de-marée mais le ralbol n’en est pas moins net. En donnant à l’opposition de gauche onze points d’avance sur la droite sortante, en en faisant ainsi le premier parti du pays appelé à former et conduire une coalition de gouvernement, les électeurs slovaques ont clairement demandé qu’un frein soit mis à la libéralisation de leur économie. La raison n’en est guère mystérieuse. Appuyée sur un taux d’imposition unique de 19% qui a fait de la Slovaquie un eldorado des investisseurs étrangers, indéniable, spectaculaire même puisqu’elle aura été de plus de 6% l’année dernière, la croissance économique n’a pas profité à tout le monde. Elle a bénéficié aux classes moyennes urbaines, notamment dans la capitale, Bratislava, mais laissé de côté des régions entières, au centre et à l’Est, tandis que le taux de chômage atteignait les 15%. Dans ces conditions, la gauche social-démocrate n’a pas eu de mal à s’attirer près de 30% des suffrages en promettant de revoir les retraites à la hausse ; d’améliorer la couverture médicale et l’ensemble des prestations sociales et d’en revenir, surtout, à une fiscalité plus modulée, avec un taux d’imposition de 25% pour les banques et les grandes entreprises, la restauration des tranches pour l’imposition du revenu des particuliers et une baisse de la TVA sur les médicaments et les produits de première nécessité. C’est le modèle européen qui l’a emporté là sur le tout libéral, comme cela s’était passé en Pologne en septembre dernier mais, tout comme les conservateurs sociaux polonais, la gauche slovaque aura maintenant du mal à se trouver une majorité parlementaire. Elle devra soit s’allier à l’extrême droite populiste qui a, elle aussi, profité du mécontentement, soit chercher un compromis avec les démocrates-chrétiens et le parti de la minorité hongroise qui avaient soutenu les libéraux sortant. Entre inégalités sociales et dynamisme de la croissance, c’est toute l’Europe centrale qui cherche à tâtons son échiquier politique dans un parallèle frappant avec l’Europe occidentale qui, elle, cherche sa voie entre le maintien de ses acquis sociaux et la faiblesse de sa croissance. Le débat est, en fait, partout le même, dans toute l’Union qui est, avant tout, européenne et beaucoup moins hétérogène que les apparences et le moment politiques ne le laissent croire. Un post-scriptum, maintenant, sur un tout autre sujet. Depuis samedi, plusieurs indices laissent penser que les deux grands partis palestiniens, le Hamas et le Fatah, pourraient être en train de s’acheminer vers un accord politique sur l’objectif de création d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967, sur la coexistence, autrement dit, de deux Etats, Israël et la Palestine. On en saura bientôt plus mais, si c’était vraiment le cas, ce tournant serait historique. Non seulement tous les courants palestiniens accepteraient, fût-ce implicitement, l’idée d’un règlement fondé sur la reconnaissance d’Israël mais les ministres du Hamas pourraient céder la place à un gouvernement de techniciens, soutenu par tous les partis. Affaire à suivre, heure par heure.

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