On a peine à l’imaginer mais ce n’est plus impossible. A deux jours de l’ouverture, jeudi, à Bruxelles, du Conseil européen qui devrait, ou aurait du, sortir l’Union de sa panne institutionnelle, l’intransigeance de la Pologne et les obstacles mis par la Grande-Bretagne sont tels qu’un échec est envisageable. Venant après les « non » français et néerlandais et le consensus qui avait semblé se former autour de l’idée d’un « traité simplifié », il sèmerait un désarroi si profond que dirigeants et diplomates des 27 Etats membres sont en quête frénétique d’un compromis mais, à l’heure qu’il est, on n’en voit pas l’ombre. Premier problème, la Pologne ne veut décidément pas renoncer au système de vote actuellement en vigueur, celui de Nice, qui lui donne un poids quasiment égal à celui de l’Allemagne ou de la France. C’est sur cette base là, disent les Polonais, que nous sommes entrés dans l’Union et ils estiment donc n’avoir aucune raison d’accepter de passer au système de la double majorité, 55% des Etats et 65% de la population européenne, qui était prévu par le projet de Constitution. C’est non, non et non, tellement non qu’ils viennent même de refuser qu’on leur sauve la face en reculant de quelques années le passage à la double majorité et comme il faut l’unanimité pour adopter un nouveau traité, la menace d’un veto polonais pèse sur le Conseil de Bruxelles. Deuxième problème, les Britanniques refusent, eux, que soient inclus dans ce traité simplifié premièrement, la Charte des Droits fondamentaux qui pourrait être invoquée pour renforcer leur droit du travail ; deuxièmement, la création d’un ministère européen des Affaires étrangères et, troisièmement, l’extension du vote à la majorité qualifiée qui pourrait infléchir, craignent-ils, leur politique fiscale et amener à des modifications de leur système judiciaire. Les Polonais veulent peser lourd sur toute décision. Les Britanniques ne veulent pas que la loi de la majorité puisse contrarier leur libéralisme économique et leur alignement diplomatique sur les Etats-Unis. Cela fait beaucoup mais ce n’est pas tout. Pour ne rien simplifier, la France évoque, depuis hier, la possibilité de s’opposer à l’ouverture d’un nouveau chapitre des négociations d’adhésion de la Turquie, celui qui porterait sur l’Union monétaire. Si elle persistait dans cette intention, ce serait le clash avec les pays favorables à l’adhésion turque, autrement dit la plus totale confusion car les partisans de la Turquie se recrutent dans tous les camps, ceux qui veulent des changements institutionnels comme ceux qui les freinent. « La température monte. Personne ne peut prédire ce qui arrivera », déclare la vice-présidente de la Commission, Margot Wallström. « La discussion est un peu rude », constate Bernard Kouchner et les relations entre diplomates polonais et allemands sont devenues si détestables qu’ils ne le cachent plus, même en public. Ca tangue et très fort.

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