La mobilisation ne faiblit pas. C’est une nouvelle journée de manifestations qui a eu lieu, hier, en Iran. Le pouvoir, lui, se durcit, multipliant les arrestations et annonçant, maintenant, qu’il aurait déjoué un « complot » ourdi par Israël et les Etats-Unis et visant à faire exploser des bombes dans des mosquées et des bureaux de vote, vendredi dernier, le jour de la présidentielle. Autrement dit, la tension monte, de plus en plus inquiétante, mais que peut-il se passer maintenant ? La certitude, la seule, est qu’il n’y aura pas de retour au statu quo ante. En deux semaines aujourd’hui – huit jours de fol espoir et huit autres de protestation massive contre la falsification du scrutin – l’Iran s’est découvert lui-même, non plus fataliste, éclaté et résigné, mais aspirant au changement, fraternel et d’une si grande maturité politique, aussi, que ces gigantesques foules, sans service d’ordre, sans sonorisation pour passer des consignes, ont su d’instinct éviter les slogans provocateurs et, surtout, la violence à laquelle le pouvoir, lui, ne répugne pas. Une génération fait ses classes politiques, s’organise grâce à Twitter et aux e-mails exactement comme l’ayatollah Khomeiny avait organisé la révolution de 1979 grâce aux cassettes, et c’est cette génération-là qui, dans quelques semaines, quelques mois ou quelques années, quoi qu’il arrive, fera l’Iran de demain, un Iran qu’elle veut très différent de celui d’aujourd’hui, démocratique et ouvert sur le monde. Il ne faut pas s’y tromper, pas se montrer plus fataliste que cette jeunesse qui, elle, risque sa peau, ne pas croire, en un mot, qu’un Tien An Men, une répression massive et sanglante, permettrait aux durs de tout faire rentrer dans l’ordre car, si le parti communiste chinois avait les moyens d’offrir à sa population un autre espoir que la liberté – une progression du bien-être matériel - le pouvoir iranien, lui, ne peut rien offrir à un pays en pleine inflation, frappé par la baisse des cours pétroliers et en butte aux sanctions économiques décrétées par l’Onu. Un bain de sang pourrait arrêter les manifestations mais il ne mettrait pas terme, bien au contraire, à la rupture entre le pays légal et le pays réel. Pour le reste, on ne sait pas. On ne sait pas parce que la presse iranienne est aux ordres ou muselée, que les correspondants étrangers ne peuvent pratiquement plus travailler et qu’il n’y a donc pas de possibilité d’évaluer l’état d’esprit des différents acteurs de cette crise. Quand l’Assemblée des experts, ce comité central du clergé que préside un ancien président de la République adversaire d’Ahmadinejad et dont les deux enfants sont en tête de la contestation, se félicite de la participation au vote mais ne dit pas un mot sur son résultat officiel, on peut constater que l’unité des dignitaires religieux a vécu. Quand un procureur menace les manifestants de la peine de mort, on peut imaginer ce que sont les pressions des durs sur le Guide suprême. Tout est encore trop nouveau, en précipitation chimique, et la recherche d’un compromis est aussi plausible, et aléatoire, que le recours à la force.

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