Barack Obama et Vladimir Poutine ont affiché, hier, une très nouvelle convergence sur la Syrie. A l’issue des échanges « ouverts et constructifs » qu’ils ont eus en marge du G-20 de Los Cabos, au Mexique, les présidents russe et américain se sont déclarés d’accord sur la nécessité d’un « processus politique » et « unis dans l’idée que le peuple syrien devrait pouvoir choisir son avenir de façon indépendante et démocratique ».

Vladimir Poutine est allé jusqu’à faire état de « nombreux points d’accord » sur cette crise avec Barack Obama et il paraît se confirmer ainsi qu’Américains, Russes et Européens sont désormais décidés à tenter d’œuvrer ensemble pour y mettre fin. Dès la semaine dernière, au micro de France Inter, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, avait fait état d’une évolution de la Russie sur ce dossier et de tractations en cours entre les grandes capitales visant à un retrait de Bachar al-Assad, à son remplacement par une autre personnalité de son régime et à l’ouverture de discussions politiques entre le pouvoir et l’opposition syrienne.

Ce serait ce qu’on appelle un « scénario yéménite », à l’instar de ce qui s’est passé au Yémen où les manifestations de l’année dernière en faveur de la démocratie avaient finalement débouché, à l’automne, sur une démission du président Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis 32 ans, son remplacement par son vice-président et le lancement d’un processus de démocratisation dont l’aboutissement reste, au demeurant, très incertain.

Russes et Occidentaux envisagent maintenant une solution de ce type en Syrie car tous y sont piégés.

Européens et Américains ne veulent en aucun cas intervenir militairement dans cette crise par crainte de précipiter un conflit régional entre les deux religions, sunnite et chiite, de l’islam dont ils se retrouveraient otages mais ne peuvent pas continuer, non plus, à assister impuissants aux massacres que multiplie un régime aux abois. Les Russes doivent bien constater, de leur côté, que Bachar al-Assad n’arrive pas à reprendre la situation en mains, que la protection qu’ils lui accordent est de plus en plus vaine et que, loin de préserver le peu d’influence qu’ils ont conservé au Proche-Orient, elle les rend odieux aux populations comme aux régimes arabes.

Toutes les grandes puissances doivent essayer maintenant de sortir d’un statu quo sanglant dont la perpétuation les affaiblit toutes. C’est pour cela qu’elles sont en train de passer des accusations réciproques au dialogue, que les Occidentaux admettent qu’ils ne peuvent pas se passer de la Russie dans la recherche d’une solution syrienne et que les Russes en viennent à se dire qu’ils n’auraient qu’intérêt à lâcher Bachar al-Assad en échange d’une reconnaissance par les Occidentaux du poids qu’ils conservent sur la scène internationale.

Reste maintenant à assurer le succès de cette stratégie yéménite. Ce ne sera pas facile. Absolument rien n’est assuré mais un nouveau ton, autrement plus détendu, se fait parallèlement entendre entre Washington et Moscou sur leurs deux autres désaccords : le bouclier anti-missiles et l’Iran.

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