Cela devient absolument régulier. Il ne se passe plus un bout d’année, quelques mois, quelques semaines, quelques jours parfois, sans que n’éclate ici, là ou ailleurs, un mouvement d’ampleur, toujours jeune et urbain, qui ébranle sans crier gare des pays qui n’ont, pourtant, rien de commun.

Hier c’était la Turquie. C’est aujourd’hui le Brésil mais avant il y eut les révolutions arabes, le printemps érable au Québec, les manifestations contre les inégalités sociales en Israël, l’irruption des cortèges russes contre la fraude électorale, le mouvement des indignés dans tant de villes occidentales ou encore ces révolutions dites « de couleur » car chacune en avait une dans les anciennes républiques soviétiques devenues indépendantes.

Non seulement il n’y eut jamais de cause même lointainement semblable à ces soudaines protestations mais leur contexte économique, social, historique, culturel était radicalement différent puisque le chômage des jeunes diplômés arabes n’existe pas en Turquie, que la démocratie canadienne est irréprochable alors que la russe est inexistante ou que l’économie brésilienne est en pleine ascension malgré son ralentissement alors que les économies européennes sont toutes en quête d’une insaisissable relance.

On cherche mais, non, il n’y a pas de points communs à ces mouvements sauf… Sauf, d’abord, qu’ils se ressemblent tous. Aucun n’a de leaders ni de références idéologiques claires. Tous ont été spontanés, sans partis ni organisations pour les lancer, les conduire ou parler en leur nom. Tous se sont formés dans les nuages de la communication contemporaine, réseaux sociaux, SMS, mails et tweets, et tous ont mobilisés des jeunes gens essentiellement venus des secteurs tertiaires dont les lectures, la culture, l’information comme la formation se font sur cette caisse de résonnance mondiale qu’est internet.

Partout c’est une nouvelle génération qui bouge mais non pas seulement une génération qui succède à d’autres mais une génération vraiment nouvelle car elle est le fruit, comme les prolétariats du 19ième siècle, d’une révolution technologique qui refaçonne le monde sous nos yeux. La révolution industrielle avait créé le mouvement ouvrier qui, dans le monde entier, avaient totalement modifié le paysage politique. Les nouvelles technologies sont peut-être en train d’en faire autant, peut-être seulement mais cela commence à beaucoup y ressembler, même s’il est encore bien trop tôt pour dire où cela pourrait mener.

Et puis, ce n’est pas tout. Autant les contextes nationaux de ces mouvements sont radicalement différents, autant ils ont une toile de fond commune qui est le total bouleversement de la scène internationale. Ces mouvements si neufs font irruption dans un monde totalement neuf où aucun équilibre international n’a encore remplacé celui de la Guerre froide, où le monopole technologique, économique et culturel de l’Occident est battu en brèche et où les grandes forces politiques d’hier s’érodent inexorablement sans qu’aucune relève ne se soit encore esquissée. Le propre de ce nouveau monde est le vide politique et la politique ayant horreur du vide, ces mouvements naissants sont peut-être en train de le combler en inventant sans même le savoir.

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