En Irak, l’alternative est désormais claire. Ou bien ce pays plonge dans une vraie guerre civile entre sa minorité sunnite et sa majorité chiite ou bien les deux camps optent pour une prudence qui conduirait les chiites à ne pas s’attaquer au bastion sunnite qui s’est constitué, dans le Nord, sous l’égide des fanatiques de l’Etat islamique en Irak et au Levant, tandis que les sunnites s’abstiendraient, eux, de marcher sur Bagdad dont les chiites constituent l’écrasante majorité de la population.

Dans un cas, ce serait une partition de fait de ce pays dont les Kurdes, la troisième des grandes communautés irakiennes, se sont déjà détachés depuis la première guerre du Golfe, il y a près de vingt-cinq ans. Dans l’autre, le Proche-Orient plongerait plus encore dans un conflit régional, dans une guerre de religions entre les deux branches de l’islam qui enflammerait la bataille de puissances opposant, depuis la révolution iranienne de 1979, les chefs de file du chiisme et du sunnisme que sont l’Iran et l’Arabie saoudite.

Le premier scénario, celui de la partition de fait, paraît le plus probable mais, outre que le second est parfaitement plausible, l’un comme l’autre viennent totalement bouleverser les donnes proche-orientale et mondiale.

Premier point, le prix du baril pourrait bien vite repartir à la hausse et causer de sérieux dégâts économiques aussi bien en Europe que dans les pays émergents. Ce n’est pas déjà le cas puisque 90% des exportations de brut irakien proviennent des régions chiites du sud de l’Irak qui sont encore épargnées par ces combats mais les investissements indispensables à la modernisation des puits irakiens vont être freinés, l’offre internationale de pétrole s’en ressentira et, l’inquiétude aidant, on ne voit pas comment le baril n’augmenterait pas bientôt.

Deuxième point, il faut s’attendre désormais à ce que l’Irak devienne très vite un pays d’où l’on fuit en masse comme le sont déjà la Syrie et la Libye, à ce que le nombre de réfugiés tentant de gagner les côtes européennes augmente donc à vitesse exponentielle et à ce que la question de l’immigration clandestine pose des problèmes toujours plus grands et passionnels dans les pays de l’Union.

Troisième point, toutes les alliances et tous les rapports de force régionaux sont maintenant en question. Bien que cela se heurte à beaucoup d’obstacles, les Etats-Unis et l’Iran seront naturellement tentés de se rapprocher, de beaucoup se ménager au moins, face à l’ennemi commun que constituent les jihadistes sunnites de l’Etat islamique. Ce rapprochement n’est pas même ébauché que la tension monte entre Washington et les pays sunnites, Arabie saoudite en tête. D’obédience chiite, le régime syrien peut lui s’inquiéter d’une réduction de l’aide que lui apportent ses alliés chiites d’Iran, d’Irak et du Liban qui seront de plus en plus mobilisés par la crise irakienne. Les Palestiniens, enfin, se retrouvent plus isolés que jamais car ils ne peuvent plus compter sur le moindre soutien arabe tandis que la droite israélienne au pouvoir sera moins prête que jamais à la moindre concession car il devient difficile d’envisager un règlement de paix avec un monde arabe en chaos. Pour l’Europe, cette crise irakienne n’est pas lointaine mais à ses portes, à tous points de vue.

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