Où l'on voit que l'Europe que Kohl et Mitterrand avaient voulu créer en créant l'euro est en train de prendre forme

Cette mort, c’est comme s’il avait pu partir tranquille. Helmut Kohl, l’ancien chancelier allemand qui s’est éteint vendredi n’avait en effet pas été que l’homme de l’unification de son pays après la chute du mur de Berlin.

L’intégration de l’Allemagne de l’Est à celle de l’Ouest, il l’avait conduite avec une audace stupéfiante, prenant de court la terre entière, créant un fait accompli par l’échange d’un mark de l’Est contre un mark de l’Ouest, d’une monnaie sans vraie valeur contre l’une des plus fortes du monde et en déséquilibrant ainsi l’économie allemande, provisoirement mais très sérieusement, au plus grand effroi de la majeure partie des Allemands de l’Ouest.

Helmut Kohl avait eu raison contre tout le monde puisque c’est ainsi qu’il avait réussi cette intégration. Cet homme avait gagné son pari car c’était un visionnaire mais il avait également su entendre François Mitterrand lorsqu’il lui avait dit qu’il fallait donner un coup d’accélérateur à l’unité européenne en passant à la monnaie commune.

Il le fallait, lui disait ce socialiste avec lequel ce démocrate-chrétien s’entendait si bien, parce que l’écroulement soviétique risquait de faire tanguer le continent Europe, que ce continent avait donc besoin d’un pôle d’arrimage qui ne pouvait être que le renforcement du Marché commun et que les guerres de Yougoslavie risquaient de mettre à l’épreuve le couple franco-allemand car, l’Histoire ressurgissant, l’Allemagne se sentait solidaire de la Croatie et la France de la Serbie.

Mitterrand avait raison. L’introduction de la monnaie unique a permis de contourner ces écueils mais, sans Helmut Kohl, il n’aurait jamais pu entraîner l’Allemagne dans l’euro et, là, l’Histoire est allée trop vite.

Les peuples n’ont pas suivi.

Une grande partie, au moins, des opinions européennes, de l’opinion française d’abord, n’a pas suivi car, outre que l’unité de l’Europe prenait ainsi une dimension fédérale que beaucoup refusaient, Helmut Kohl avaient dû promettre aux Allemands, pour les convaincre d’abandonner leur mark, que l’euro serait aussi solide que leur monnaie. D’où ces critères de Maastricht, acceptés par traité, contre lesquels tant d’électeurs se sont révoltés, d’où la montée des extrêmes-droites et de l’europhobie, le rejet du projet de traité constitutionnel et la tétanie qui a si longtemps frappé l’Union.

Après l’avoir sauvée, le volontarisme de Kohl et de Mitterrand avait bien failli tuer l’Union mais en moins d’un an, tout a changé. Vladimir Poutine, Donald Trump, le Brexit et les chaos proche-orientaux ont convaincu les Européens qu’ils devaient resserrer les rangs, se doter d’une Défense commune et harmoniser leurs économies. L’élection d’Emmanuel Macron a, parallèlement, permis un spectaculaire rapprochement entre Paris et Berlin. L’europhobie recule partout, même à Londres, et l’Union est à la veille d’un redémarrage, impulsé par une FrançAllemagne renaissante.

Helmut Kohl pouvait mourir tranquille car l’Europe politique, celle dont il avait autant rêvé que Mitterrand, est désormais en train de prendre forme.

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