Dans huit jours, l’Iran se mettra en infraction avec l’accord nucléaire, une manière de pousser la communauté internationale à agir alors que le pays est asphyxié par les sanctions unilatérales américaines.

Cette vieille peinture murale à Téhéran remonte au temps où l’Iran parlait du « grand Satan » américain, mais, toujours visible dans la capitale iranienne, elle résume bien le climat hostile qui est revenu entre les deux pays.
Cette vieille peinture murale à Téhéran remonte au temps où l’Iran parlait du « grand Satan » américain, mais, toujours visible dans la capitale iranienne, elle résume bien le climat hostile qui est revenu entre les deux pays. © AFP / ATTA KENARE / AFP

Un compte à rebours inquiétant a commencé dans cette région du Golfe arabo-persique, conduisant vers une crise internationale majeure. Et dans le contexte mondial actuel, personne n’est en mesure de la désamorcer à temps.

Il est nécessaire de revenir un peu en arrière pour comprendre : en 2015, l’Iran signe enfin, après de très longues négociations, un accord international par lequel Téhéran met un terme à son programme nucléaire militaire. En échange, la communauté internationale lève les sanctions de l’ONU contre l’Iran. C’est LE grand succès diplomatique de l’administration Obama, et de l’Europe très engagée dans la négociation.

Pendant sa campagne électorale, Donald Trump dénonce ce texte, qualifié de « pire accord de l’histoire », et promet de revenir dessus une fois élu. Emmanuel Macron tente de le dissuader, en faisant valoir que, selon l’Agence internationale de l’énergie atomique, l’Iran respecte les termes de l’accord, quelles que soient les réserves que l’on puisse avoir par ailleurs sur le régime iranien et ses actions dans la région.

Non seulement Trump tient parole et les États-Unis quittent l’accord il y a un an, mais il impose de nouvelles sanctions, unilatérales celles-là, contre l’Iran ; durcies récemment avec un embargo sur les exportations de pétrole iranien. Ca c’est la toile de fond de la crise actuelle.

Cette semaine, l’Iran a annoncé qu’il se mettrait le 27 juin en infraction avec les termes de l’accord international sur le nucléaire, en stockant plus d’uranium enrichi que ce qu’autorise le texte. C’est une décision délibérée, qui risque d’entraîner des réactions en chaine.

Depuis quelques jours, c’est l’escalade. Après l’attaque de deux pétroliers en mer d’Oman, que les États-Unis attribuent à l’Iran, Washington a décidé d’envoyer un millier de soldats supplémentaires dans la région. C’est évidemment très symbolique, pour attaquer l’Irak les États-Unis avaient réuni quelque 300 000 hommes.

La réponse iranienne est donc cette annonce sur le nucléaire, qui provoque déjà de fortes réactions à Washington, en plein climat pré-électoral à la Maison Blanche. Ainsi, pas à pas, tout en proclamant de part et d’autre qu’on ne veut pas la guerre, on se dirige vers une situation où tout est possible, y compris un affrontement dont personne ne voudrait.

L’Iran est asphyxié par l’embargo américain, et sa décision est d’abord un signal lancé aux Européens. Ces derniers, -Français, Allemands et Britanniques ainsi que la Commission européenne-, ont tout fait, depuis un an, pour sauver l’édifice de l’accord nucléaire malgré Donald Trump. Mais ils n’ont pas été en mesure d’offrir à Téhéran l’oxygène économique qui lui permettrait de tenir. 

En annonçant la mort programmée de l’accord nucléaire, les dirigeants iraniens mettent les Européens face à leurs responsabilités. Mais soyons clairs, les Européens n’ont pas les moyens de s’opposer à la stratégie américaine, et la crise ne fera que s’aggraver.

Un compte à rebours peut être interrompu à tout moment, mais il faudrait une bonne raison à Téhéran pour renoncer. Il reste donc huit jours pour empêcher qu’un nouveau seuil soit franchi dans l’escalade.

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