On aurait pu penser les dirigeants chinois pressés de voir partir le Président qui les critique tant ; mais en fait, ils préfèreraient le voir reconduit, car son côté dysfonctionnel leur offre des opportunités stratégiques.

Donald Trump et Xi Jinping, en novembre 2017 à Pékin. Trump aurait dit à Xi Jinping qu’il était « le plus grand dirigeant de l’histoire de Chine », selon son ancien conseiller John Bolton.
Donald Trump et Xi Jinping, en novembre 2017 à Pékin. Trump aurait dit à Xi Jinping qu’il était « le plus grand dirigeant de l’histoire de Chine », selon son ancien conseiller John Bolton. © AFP / Nicolas ASFOURI / AFP

On pourrait imaginer les dirigeants chinois impatients de voir Donald Trump battu lors de l’élection du 3 novembre. Ce serait logique avec un Président américain qui leur mène la vie dure depuis trois ans, déclenchant une véritable guerre froide contre Pékin.

Or contrairement à ce qu’on pourrait penser, Pékin ne verrait pas d’un mauvais œil la réélection de Trump : c’est en tous cas ce que rapportait cette semaine l’agence Bloomberg, qui a interrogé d’anciens dirigeants chinois.

Le raisonnement est simple : Pékin pense que les États-Unis resteront hostiles à la Chine quel que soit le vainqueur de novembre, il y a aujourd’hui un consensus à Washington sur ce point. Dans ce cas, mieux vaut un président dysfonctionnel qui offre involontairement des opportunités stratégiques à la Chine, plutôt qu’un Joe Biden qui pourrait mettre de l’ordre dans la gouvernance, renouer les alliances traditionnelles des États-Unis, et leur créer au final plus de difficultés.

C’est très paradoxal vu que Trump ne cesse de critiquer vertement le régime de Pékin. Mais son incapacité à nouer des alliances, l’incohérence de certaines de ses décisions, et son côté transactionnel, semblent préférables aux yeux des Chinois, pour des bonnes et des mauvaises raisons. 

Et de fait, ce jugement officieux de Pékin rejoint les informations contenues dans le livre de John Bolton, l’ancien Conseiller à la Sécurité nationale de Donald Trump, dont la presse américaine vient de publier des extraits. Certes, Bolton se venge d’avoir été écarté de la Maison Blanche, et il a une solide réputation complotiste, mais ce qu’il raconte est parfaitement crédible.

En particulier avec la Chine, il affirme que Donald Trump a dit au numéro un chinois Xi Jinping l’an dernier qu’il était « le plus grand président de l’histoire de Chine », et lui a demandé de l’aider à être réélu par des achats massifs de produits américains. Cette culture du « deal » offre d’infinies possibilités.

Mais d’autres pays « votent » aussi Trump. D’abord les alliés idéologiques du Président américain, comme Jaïr Bolsonaro au Brésil, ou les dirigeants populistes polonais, dont le Président Andrezj Duda, candidat à sa propre réelection le 28 juin, est attendu à Washington pour une photo très électorale avec Donald Trump.

Et puis il y a des dirigeants comme le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui n’a pas toujours eu de bons rapports avec le Président américain, mais qui a vite compris le parti qu’il pouvait tirer du respect de Donald Trump pour les « hommes forts ». Pour les dictateurs aussi, comme Kim Jong-un, le leader nord-coréen, qu’il continue de ménager alors que ses deux rencontres avec lui n’ont rien donné. Kim aussi « votera » Trump le 3 novembre.

Bien sûr, il y a aussi ceux qui prient secrètement pour sa défaite, et c’est le cas de la majorité des Européens, excédés par un Président américain qui multiplie les mauvais coups contre eux. 

A l’arrivée, évidemment, ce sont les électeurs américains qui choisiront, et ils n’auront pas nécessairement la même vision que le reste du monde…

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