La Pologne a 2500 hommes en Irak. L’Italie en a 3000. L’une et l’autre, comme naguère l’Espagne, s’y étaient engagées contre leurs opinions publiques, majoritairement hostiles à cette intervention, et toutes deux se trouvent, désormais, devant des choix difficiles. Ni l’une ni l’autre ne peuvent ni ne veulent se retirer du jour au lendemain car, contrairement à l’Espagne, elles n’ont pas changé de majorité depuis le début de la guerre et que leurs dirigeants se déjugeraient, donc, avoueraient une erreur politique, en rappelant leurs troupes. Pour l’heure au moins, cette option leur est fermée mais, à Rome comme à Varsovie, la pression monte tant en faveur d’un retrait que les deux capitales souhaitent, maintenant, que les Etats-Unis cèdent les commandes à l’Onu et que le retour à la souveraineté irakienne soit accéléré. « Nous sommes intéressés à ce que les Nations-Unies jouent un plus grand rôle dans le processus qui mènera, au bout du compte, au retrait de nos troupes », a ainsi déclaré, hier, Marek Belka, le Premier ministre polonais par intérim. « Les Américains et les Britanniques devraient probablement modifier certains éléments de leur stratégie », a-t-il ajouté en annonçant que la Pologne « allait mettre un peu de pression sur ses alliés ». Silvio Berlusconi, lui, n’a rien dit de tel mais, à la veille de son rendez-vous avec Georges Bush qui le reçoit, cet après-midi, à la Maison-Blanche, l’opposition de gauche, la presse, les évêques et les ministres démocrates-chrétiens de sa propre coalition l’ont appelé à faire exactement ce qu’entendent faire les Polonais. « Un changement radical s’impose », a affirmé, lundi, le Président de la Conférence épiscopale, le cardinal Ruini. La gauche présentera, jeudi, au Parlement une motion demandant le rappel des troupes italiennes. Les deux grands quotidiens de Rome, la Repubblica et le Corriere della Sera, l’un de droite, l’autre de gauche, veulent que l’Italie conditionne le maintien de ses soldats à un changement de la politique américaine et les démocrates-chrétiens exigent que le Premier ministre demande à Georges Bush des sanctions contre le vrais responsables des tortures, en clair contre Donald Rumsfeld qu’ils voudraient voir démissionner. « Le gouvernement italien doit exprimer à l’Amérique toute notre indignation, a déclaré leur secrétaire-général. Le temps est venu, a-t-il ajouté, de parler clair ». Silvio Berlusconi est dans une situation d’autant plus inconfortable que 61% des Italiens, comme 63% des Polonais, veulent un rappel des troupes, qu’un otage italien a été assassiné en Irak, que trois autres y sont détenus depuis un mois, qu’un mot de lui peut leur coûter la vie et que d’importantes élections locales auront lieu le 13 juin, en même temps que les élections européennes. Avec l’affaiblissement, en Grande-Bretagne, de la position de Tony Blair, c’est l’ensemble des trois grands alliés des Etats-Unis qui fléchissent aujourd’hui. Si Georges Bush ne leur fait pas de vraies concessions, le malaise pourrait bien conduire, en quelques mois, à des cassures.

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