Constat de désaccord, courtois mais parfaitement clair, tout s’est passé comme prévu, sauf sur deux points. Le premier est que Barack Obama a saisi l’occasion de son entretien d’hier avec Benjamin Nétanyahou pour envoyer un message à l’Iran. « Nous n’allons pas discuter éternellement », a-t-il dit devant les caméras après avoir expliqué que la campagne pour la présidentielle iranienne du 12 juin n’était pas le « meilleur moment pour négocier », que tout calendrier serait « artificiel » mais que si des discussions commençaient « peu après », il serait possible de savoir « d’ici à la fin de l’année » si la République islamique allait « dans la bonne direction ». Chaque mot comptait dans ces phrases. Opposant un refus à Benjamin Nétanyahou qui aurait souhaité que les Etats-Unis fixent une date limite à leur tentative de trouver un compromis avec Téhéran, Barack Obama ne pose pas d’ultimatum à l’Iran. Ce n’est pas un accord signé que le président américain exige avant décembre mais une indication de direction, une bonne volonté démontrant que les pourparlers dont le début serait, donc, envisagé pour cet été ne seraient pas vains car, dans le cas contraire, il n’entendrait pas les poursuivre. Dans le cas contraire, explique-t-il cette semaine dans une interview à Newsweek, il « n’exclue aucune option ». « Quand il s’agit de la sécurité des Etats-Unis, je n’exclue aucune option, point à la ligne », martèle-t-il en expliquant très clairement qu’il ne vise pas un changement de régime en Iran, que « la République islamique peut conserver son caractère islamique » mais doit se comporter en « membre de la communauté internationale et ne plus être une menace pour ses voisins », renoncer, autrement dit à la subversion régionale et à ses ambitions nucléaires. « Est-ce que cela marchera ? Je ne sais pas, poursuit-il, mais je vous assure que je ne suis pas naïf et que, si cela ne marche pas, le fait que nous ayons essayé aura renforcé notre position internationale et que l’Iran se sera isolé ». Ce message était un avertissement. N’exclure aucune option, cela signifie pas même la militaire et, tout en disant ainsi à Benjamin Nétanyahou qu’il ferait mieux de s’engager dans la voie de la création d’un Etat palestinien plutôt que de venir lui donner des leçons de fermeté sur l’Iran, Barack Obama a rappelé à la théocratie iranienne qu’une colombe déçue devient vite faucon. Aussi crispé, sur ses gardes et contrôlé que son hôte était à l’aise et spontané, Benjamin Nétanyahou n’a, lui, pas prononcé les mots d’« Etat palestinien ». Il n’a pas pris le moindre engagement sur l’arrêt de la colonisation des territoires occupés. Il a opposé, par là, un double refus aux Etats-Unis avec lesquels Israël n’aura jamais été en désaccord aussi patent, mais n’en a pas moins fini par déclarer : « Je crois que nous pouvons envisager un arrangement dans lequel Israéliens et Palestiniens vivent côte à côte dans la dignité, la sécurité et la paix ». Il n’en est pas sûr. Il le « croit » mais « côte à côte », cela ne veut rien dire d’autre que dans deux Etats, cet inéluctable aboutissement en faveur duquel la pression américaine n’a fait que commencer.

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