C’est un complet changement de ton. Rien, disait lundi la diplomatie française. Cet accord avec l’Iran auquel étaient parvenus le président brésilien et le Premier ministre turc n’était rien d’autre, disait-elle, qu’une manœuvre des dirigeants iraniens pour retarder l’adoption du projet de nouvelles sanctions économiques que les grandes puissances ont présenté, hier, au Conseil de sécurité. Ce n'est rien qu’une manœuvre dilatoire, disait la diplomatie française en soulignant, et pas à tort, que ce n’était plus l’essentiel mais la moitié seulement de son stock d’uranium faiblement enrichi que l’Iran se disait désormais disposé à faire sortir de son territoire avant qu’il ne lui soit restitué sous un conditionnement n’autorisant plus qu’un usage civil. Cette position de la diplomatie française était celle de l’ensemble des capitales occidentales mais, hier après-midi, Nicolas Sarkozy en a pris une tout autre. « Le transfert de 1200 kilos d’uranium faiblement enrichi hors d’Iran constitue un pas positif », a-t-il fait dire dans un communiqué en exprimant « sa reconnaissance et le plein soutien de la France au président brésilien pour les efforts qu’il a accomplis ». D’abord discrètement mais assez rageusement moqué pour sa « naïveté » par le Quai d’Orsay, Luiz Inacio Lula da Silva est maintenant applaudi par le président de la République mais il y a trois explications à cela. La première est que Nicolas Sarkozy tient beaucoup à lui vendre des Rafale, cet avion de combat que la France n’a jamais réussi à exporter. Economiquement parlant, l’enjeu est de taille mais l’essentiel n’est pas là. Après une journée de réflexion et une entrevue madrilène avec Lula, Nicolas Sarkozy a tiré les conclusions d’une situation de fait. Le Brésil et la Turquie siègent en ce moment au Conseil de sécurité. Ils y exercent une considérable influence sur les autres membres non permanents et ne cessent de marteler, depuis lundi, que des sanctions ne seraient plus nécessaires aujourd’hui. Il n’y a plus, autrement dit, de majorité certaine au Conseil pour l’adoption d’un projet que le Brésil refuse même d’examiner et le réalisme commandait, donc, d’accompagner la démarche turco-brésilienne. Si elle mène à un véritable abandon par l’Iran de ses ambitions nucléaires, parfait. Si l’Iran se dédisait, au contraire, Turcs et Brésiliens se rallieraient d’autant mieux à des sanctions que leurs efforts n’auraient pas été ignorés. Nicolas Sarkozy a décidé d’attendre et voir, parsemant sa déclaration d’interrogations sur les intentions de l’Iran, mais ce n’est pas tout. Bien au-delà de ce dossier, il cultive, là, les relations qu’il a développées avec le Brésil car il a décidé de nouer des liens privilégiés avec celles des puissances émergentes qui, contrairement à la Chine, ne font que commencer à se faire une place sur la scène internationale. C’est un choix stratégique dont il espère des retombées pour l’influence française, notamment sur le dossier de la régulation des marchés dont il a fait son cheval de bataille depuis le krach de Wall Street. A ses yeux, ce choix valait bien quelques applaudissements à un accord qu’en fait, il réprouve.

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