Brutale et sanguinaire, la tactique reste la même. Comme tant d’autres villes syriennes auparavant, c’est aujourd’hui Tall Kalakh, à la frontière libanaise, qui est encerclée et bombardée par les soldats et miliciens du régime tandis que les opposants y sont traqués et arrêtés, une maison après l’autre. La répression est si violente que, sous les balles, les habitants tentent de fuir vers le Liban où le nombre de réfugiés syriens ne cesse plus de croître. Privée d’eau, d’électricité et, bien sûr, de téléphone, Tall Kalakh n’était pas encore réduite, que Naoua, au sud du pays, connaissait le même sort. Après trois semaines de siège, les chars y ont pénétré avant-hier et, bien qu’aucune nouvelle n’en sorte plus, on n’a pas de mal à imaginer les scènes devenues trop familières de portes défoncées, de rafles et de tirs de snipers postés en haut des immeubles pour empêcher quiconque de s’aventurer dans les rues. Depuis le début des manifestations pour la liberté, plus de 700 personnes ont été tuées en Syrie. Quelques 8000 autres y ont été arrêtées et systématiquement tabassées et torturées comme vient de le confirmer une journaliste d’Al Djazira qui a entendu dans la prison où elle avait elle-même été détenue les hurlements et supplications des prisonniers suppliciés. L’horreur est telle dans ce pays que le Premier ministre turc – dont le pays était pourtant en excellents termes avec la Syrie – comparait la semaine dernière la répression en cours au gazage des populations kurdes de Halabja par Saddam Hussein et à ce qui s’était passé il y a 29 ans à Hama, ville passée au fil de l’épée par Hafez al Assad, le père de l’actuel président syrien, Bachar al Assad. C’est une guerre qui se déroule en Syrie. C’est une guerre lancée contre son propre peuple par un régime qui n’hésite devant rien pour se maintenir et la barbarie des moyens employés est si grande que Bachar Al Assad s’est senti obligé de s’en démarquer, mardi, en expliquant que les « erreurs » et « excès » commis par ses sbires tenaient à leur manque de formation. On ferait difficilement plus cynique alors que tout cela est organisé au plus haut niveau, voulu, totalement délibéré, mais ce jeune président qui passait pour réformateur il y a dix ans, lorsqu’il avait accédé au pouvoir, tente ainsi de préparer la sortie de crise qui, affirme-t-il, serait maintenant proche. Son problème est qu’il ne s’agit pas seulement pour lui et son clan de gagner cette guerre. En admettant même qu’il y parvienne, il lui faudra ensuite reconstruire une économie dévastée par ces mois de sang, retrouver les voies d’un minimum de consensus national et, surtout, sortir de l’isolement international dans lequel il s’est placé. Son allié iranien lui est resté fidèle mais la Turquie limitrophe lui tourne le dos, son image de défenseur de la cause palestinienne est plus qu’écornée dans le monde arabe et les Occidentaux, après l’avoir longtemps ménagé dans l’espoir de l’éloigner de l’Iran, le tiennent désormais pour ce qu’il est : un dictateur sans vergogne et totalement infréquentable. Les Etats-Unis ont pris hier des sanctions contre lui. L’Europe s’apprête à le faire et une majorité parait se dessiner au Conseil de sécurité pour condamner ce qui ne peut plus ne pas l’être.

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