La gauche de la gauche grecque a fait hier une percée au premier tour des municipales. C’est ainsi un parti, Syriza, tout à la fois radicalement hostile aux actuelles politiques européennes et résolument favorable à la monnaie unique et à l’Union européenne qui s’affirme dans ce pays.

Cette percée est d’autant plus marquante que le chef de file de Syriza, le jeune et très brillant Alexis Tsipras, est également celui que l’ensemble des gauches radicales se sont donné pour les élections européennes et que son succès pourrait donc annoncer de bons résultats, dimanche, pour ces nouvelles gauches non seulement en Grèce mais dans beaucoup d’autres pays aussi.

Très bien, mais le problème est que les futurs élus de ce courant, une cinquantaine de députés au moins, ne sont a priori guère disposés à entrer en coalition avec qui que ce soit à Strasbourg, pas avec la droite du Parti populaire européen, bien sûr, mais pas non plus avec la gauche du Parti socialiste européen.

Compte tenu de la progression attendue des extrêmes droites europhobes et des europhobes britanniques, le Parlement européen qui sortira des urnes dimanche soir pourrait en conséquence ne pas avoir de majorité du tout. Avec un peu plus de 220 élus, la droite du PPE sera loin d’atteindre la moitié des 751 sièges du Parlement. Avec environ 200 députés, la gauche du PSE en sera encore plus loin et, même alliée aux centristes et aux Verts, comme cela se dessine, il lui manquerait toujours 60 ou 70 voix pour former une coalition majoritaire.

Une alliance entre la droite et les europhobes étant exclue à Strasbourg et la droite ne pouvant pas non plus atteindre la majorité même si elle parvenait à s’entendre avec les Verts et les centristes, l’Union a aujourd’hui toute chance de se donner un Parlement éclaté à moins…

A moins que la gauche, les centristes et les Verts ne parviennent à mobiliser, d’ici dimanche, assez d’abstentionnistes pour renverser cette tendance. Ce n’est pas le plus probable et restent donc deux possibilités.

Dans l’une, les trois plus grandes forces qui sortiront des urnes, les conservateurs, la gauche et les centristes, s’entendent malgré tout pour ne pas laisser les 28 dirigeants nationaux choisir, comme toujours, le président de la Commission. Les conservateurs reconnaissent qu’à défaut d’avoir la majorité, la coalition gauche, Verts et centre est la plus forte. Les conservateurs soutiennent Martin Schulz, le chef de file socialiste, pour la présidence de la Commission tandis que les centristes prennent celle du Parlement et que les conservateurs assurent celle du Conseil, l’assemblée des 28 dirigeants nationaux où ils sont de toute manière majoritaires.

Ce compromis reflèterait les grandes tendances du vote. Les grands partis y réfléchissent mais le fait est que, face à un Parlement éclaté, ce sont les 28 dirigeants nationaux qui auront la main et de grandes chances, si l’abstention est aussi forte que prévu, d’imposer à la tête de la Commission la personne de leur choix, un homme ou une femme sans mandat populaire, non pas indépendant mais dépendant des Etats membres.

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