La France s’engouffre dans la brèche espagnole. Trois jours après que José Luis Zapatero eut annoncé que les soldats de son pays rentreraient à la maison si les forces de la coalition irakienne n’étaient pas placées, d’ici le 30 juin, sous l’autorité de l’Onu, Dominique de Villepin a appelé, hier, à un « sursaut de la communauté internationale ». Expliquant, dans une interview au Monde, qu’une « course de vitesse » était engagée contre le terrorisme et qu’il y avait donc « urgence à créer les conditions d’une stabilité durable en Irak », le ministre des Affaires étrangères a pressé les Etats-Unis de changer de politique et le monde de braquet. Ce qu’il souhaite, c’est non seulement que les Nations-Unies reprennent en main tout le processus de retour de l’Irak à la souveraineté nationale mais que soit aussi réunie une Conférence internationale pour associer les grandes puissances et la région à la reconstruction irakienne. Comme le nouveau gouvernement espagnol, la France voudrait asseoir le maintien de troupes étrangères à Bagdad sur une nouvelle résolution du Conseil de sécurité qui ne se contente pas, dit Dominique de Villepin, « d’entériner des décisions déjà prises » mais fixe un calendrier et « détermine les modalités de désignation d’une autorité intérimaire réellement représentative ». Autrement dit, rien ne vaut dans ce que les Américains envisagent aujourd’hui, tout est à faire et si la France avance ces propositions avec tant de vigueur, c’est qu’elle sent bien que le climat international a changé depuis les élections espagnoles. Non seulement l’Espagne n’est plus l’alliée inconditionnelle de Georges Bush, non seulement elle lui pose ses conditions que la France soutient et développe mais deux autres des principaux alliés européens de Georges Bush, la Pologne et l’Italie, s’interrogent désormais sur le bien-fondé de la guerre d’Irak. A Varsovie, le chef de l’Etat polonais, Alexandre Kwasniewski, vient de déclarer, à des journalistes français, que son pays avait été « mené en bateau » sur les armes de destruction massive qu’aurait possédées Saddam Hussein. Alexandre Kwasniewski ne parle pour autant pas de retrait polonais. Il considère au contraire que la mission de stabilisation ne doit pas devenir une mission de déstabilisation mais le ministre italien des Affaires européennes, Rocco Buttiglione, chef de file des démocrates-chrétiens dans le gouvernement Berlusconi, est allé plus loin encore dans les secondes pensées. « Cette guerre a peut-être été une erreur, a-t-il estimé. Ce n’était pas la meilleure des choses à faire car le terrorisme ne peut pas être seulement défait par les armes. La démocratie arabe, a-t-il ajouté, ne naîtra pas pare que nous avons vaincu Saddam mais avec une politique de paix, faite d’échanges culturels, de dialogue inter-religieux et d’aides au développement ». Avec un an de retard, les alliés de Georges Bush commencent à comprendre les objections de la France à cette guerre mais la coalition américaine se fissure tant, si vite, trop vite, que la France voudrait organiser la relève par l’Onu avant que cette aventure n’ait offert une victoire au terrorisme.

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